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Accident du travail

Quand Manpower dissimule la mort de l’un de ses intérimaires pendant deux mois

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Il était terrassier. Ouvrier recruté par le groupe Manpower, spécialisé dans l’intérim, il est décédé fin juillet, suite à un malaise sur un chantier de Clichy (Hauts-de-Seine), aux portes de Paris. L’accident mortel dont il a été victime a été dissimulé pendant… deux mois ! Les instances représentatives du personnel de Manpower n’en ont pas été informées avant début octobre. « En France, des gens meurent et… disparaissent, c’est totalement inadmissible ! », s’insurge Alain Wagmann de la CGT Intérim. C’est probablement parce qu’il s’appelait Mamadou Traoré et était travailleur sans papier. Il intervenait en tant qu’intérimaire sur un chantier de la Sade (Société auxiliaire de distribution d’eau), une filiale de Veolia, lorsqu’il est décédé après, semble-t-il, son transfert à l’hôpital Saint-Louis, à Paris.

« La famille a-t-elle récupérée le corps ? A-t-il été enterré ? Une déclaration d’accident du travail a-t-elle été remplie ? Pour l’instant, on n’en sait rien », s’interrogeait le syndicaliste au lendemain d’un rassemblement organisé devant le siège de Manpower à Nanterre, le 17 octobre. Suite à des rumeurs persistantes depuis la rentrée, la CGT a interpellé la direction de Manpower, qui a finalement confirmé le décès de son employé. « Ils ont admis qu’ils avaient commis une erreur. Un salarié a des droits qui doivent être respectés, peu importe son état civil », commente Alain Wagmann. Lorsqu’un intérimaire est victime d’un accident du travail, une enquête conjointe de la société d’intérim et de l’entreprise cliente est normalement diligentée dans les jours qui suivent. Une réunion du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, a finalement été convoquée le 19 octobre, deux mois et demi après les faits. Contactée par courriel le 22 octobre, la société Manpower ne nous a pas répondu.

« En 2013, 34 848 salariés intérimaires ont été victimes d’accidents du travail et 67 en sont morts », rappelle le syndicat CGT de l’intérim. « Moins formés, ils sont deux fois plus victimes d’accidents que les salariés en CDI. Le turn-over empêche la transmission des compétences par les plus anciens, les visites médicales et la surveillance médicale renforcée sont de moins en moins pratiquées voire inexistantes ». Deux semaines avant le décès de Mamadou Traoré, un autre salarié intérimaire, Jérôme Domaerel, est mort dans de terribles conditions. Employé par la société d’intérim Inter-conseil et en mission dans l’usine sidérurgique d’Arcelor Mittal de Dunkerque, il réalisait une opération de nettoyage d’un haut-fourneau lorsqu’il a basculé dans une coulée de métal en fusion à 1400 degrés. Il avait 40 ans.

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