Élections

Pourquoi la gauche allemande est mal partie pour revenir au pouvoir

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Les Allemands votent ce dimanche 22 septembre pour renouveler leur Parlement et peut-être changer de chancelier. En théorie. Car Angela Merkel, candidate à sa réélection, a de grandes chances de rester à la tête du pays encore quatre ans. Où en est la gauche allemande ? Quels sont les sujets de la campagne ? Pourquoi les sociaux-démocrates refusent-ils de s’allier à la gauche radicale ? Réponses.

Angela Merkel va-t-elle rester chancelière ?

C’est très probable. Angela Merkel est candidate à sa réélection. Et tout laisse à penser qu’elle va réussir à gagner un troisième mandat. Les élections régionales qui ont eu lieu en Bavière le 15 septembre ont donné la tendance. Elles ont vu le parti conservateur régional remporter, avec 49% des voix, la majorité absolue au Parlement de l’Etat-région. Certes, la Bavière est une des régions les plus conservatrices d’Allemagne. La droite locale (la CSU, branche régionale de la CDU) y gouverne sans interruption depuis près de soixante ans. Mais pour les élections générales aussi, les sondages donnent le parti d’Angela Merkel grand gagnant depuis des mois : avec des intentions de vote autour de 40% ! Dans un scrutin qui voit pourtant concourir cinq partis déjà présents au Bundestag – sociaux-démocrates (SPD), CDU d’Angela Merkel, libéraux, Verts, et gauche radicale (die Linke) – et deux nouveaux partis qui veulent y faire leur entrée (le parti Pirate et le parti eurosceptique AfD) [1].

Face à la chancelière, le candidat social-démocrate Peer Steinbrück (SPD) apparaît de plus comme un adversaire bien terne. Il a été le ministre des Finances de Merkel de 2005 à 2009, dans le gouvernement dit « de grande coalition », avec la droite et les sociaux-démocrates. Peer Steinbrück est économiste de formation et use de ses connaissances et de son expérience dans la finance pour se faire payer à prix d’or sa participation à des conférences : en 2012, il a gagné 1,2 million d’euros pour des prestations données en Allemagne et au Royaume-Uni.

Où en est la gauche ?

Dans les sondages, les sociaux-démocrates plafonnent à 26-27% d’intentions de vote. Les Verts, qui se trouvaient encore autour de 14% cet été, sont retombés à 9-11% aujourd’hui. Ils sont rattrapés par Die Linke, la gauche de la gauche, remontée à 8-10% dans les derniers sondages. Il y a quelques mois, elle était à 6%. En France, après avoir travaillé avec le SPD sur des mesures communes, le PS espérait constituer un axe avec une Allemagne qui aurait basculé à gauche. Encore une occasion qui semble ratée.

Quels sont les thèmes de campagne ?

Les sociaux-démocrates et les Verts font campagne sur une revendication sociale majeure : la mise en place d’un salaire minium interprofessionnel (qui n’existe pas en Allemagne), à 8,50 euros bruts de l’heure. La réforme est centrale alors que plus de 6 millions d’allemands travaillent pour moins de 8 euros bruts de l’heure [2]. Avec la gauche au pouvoir, ce Smic allemand entrerait en vigueur dès février 2014. La gauche radicale, Die Linke, demande également un salaire minium, plus élevé, à 10 euros de l’heure. Le parti de gauche revendique par ailleurs le retour de l’âge légal de la retraite à 65 ans (il est passé à 67 ans depuis une réforme de 2007). Elle veut imposer les hauts revenus à 53%, ceux au-dessus d’un million d’euros à 75%, et introduire un impôt sur le patrimoine supérieur à un million d’euros.

Les Verts aussi font campagne sur un programme de hausses d’impôts pour les hauts revenus et les classes moyennes supérieures, et réclament la création d’un impôt sur la fortune. Leurs revendications écologistes restent présentes avec, par exemple, la lutte contre l’élevage industriel ou l’objectif de 100% d’énergies renouvelables d’ici 2030. Le SPD a des perspectives plus modestes sur le sujet : 75% de l’électricité allemande doit provenir des renouvelables d’ici 2030 (le pays en est à près de 25% aujourd’hui). Sur les questions européennes, les sociaux-démocrates affichent une volonté de réforme des institutions, notamment la transformation de la Commission européenne en un gouvernement élu et contrôlé par le Parlement européen. Angela Merkel, elle, fait essentiellement campagne sur son bilan et sur la bonne santé économique allemande.

Voilà pour le contenu. Car, dans cette dernière ligne droite, les discussions tournent plutôt autour d’un doigt d’honneur du candidat social-démocrate à la Une d’un magazine, du collier aux couleurs de l’Allemagne porté par Angela Merkel lors d’un débat télévisé, et de la complaisance envers l’idéologie pédophile des Verts allemands à leurs débuts.

Pourquoi le SPD exclut-il de gouverner avec la gauche de la gauche ?

Ce serait à l’heure actuelle la seule façon, pour la gauche allemande, de revenir au pouvoir : une union de la gauche, soit un gouvernement de coalition entre les sociaux-démocrates, les Verts et le parti de gauche radicale Die Linke. Un scenario que le SPD exclut catégoriquement. Et que Die Linke soumet à conditions. Parmi celles-ci : la fin des engagements militaires allemands à l’étranger et l’arrêt des exportations d’armes.

Die Linke dans un gouvernement fédéral ? L’idée semble de toute façon difficile à accepter pour nombre d’Allemands, qui voient encore dans le parti de gauche un héritier direct du communisme de la RDA et de ses aspects les plus sombres. Et ce même si Die Linke est le fruit d’une fusion entre un parti est-allemand post-Réunification et une fraction dissidente du SPD ouest-allemand. La droite use surtout de la perspective d’un éventuel gouvernement rose-rouge-vert comme d’un épouvantail, pour appeler à voter pour eux, selon l’antienne : « Votez rose et vous aurez du rouge ». Si seulement c’était vrai.

Rachel Knaebel

Photo : DR

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