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Perenco, la petite entreprise pétrolière accusée de faire de gros dégâts

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En France, le grand public a peu d’occasions d’entendre parler de Perenco, une entreprise pétrolière franco-britannique qui cultive la discrétion, voire l’opacité. Les ramifications de ses filiales remontent d’ailleurs aux Bahamas, un paradis fiscal notoire [1]. Loin des opinions publiques européennes, dans les régions où Perenco opère, en revanche, sa réputation auprès des populations locales semblent laisser à désirer.. Guatemala, Équateur, Pérou, Colombie, Tunisie, République démocratique du Congo… partout où Perenco s’implante, les controverses ne tardent pas à suivre. Avec à chaque fois les mêmes accusations : pratiques peu précautionneuses entraînant pollutions et dégradations environnementales, manque de respect des communautés locales et répression des voix critiques, absence totale de transparence financière.

Perenco, qui se présente encore volontiers comme une « junior » pétrolière de peu d’envergure, a énormément développé ses activités ces dernières années. Jusqu’à présent, elle a su jouer de sa structuration opaque, de ses relations haut placées, et de son siège social aux Bahamas pour se dérober aux accusations. Si l’on ne connaît pas le lien formel ou la nature des flux financiers entre la société mère Perenco et ses filiales, il est impossible de mettre en cause sa responsabilité pour des atteintes aux droits humains ou à l’environnement.

Le site pétrolier de Moanda, dans la région du Bas-Congo en RDC, en est un exemple. L’ONG française CCFD-Terre Solidaire, avec des partenaires congolais, a publié début 2014 un rapport, dont l’Observatoire des multinationales s’est fait l’écho. Il décrit l’impact des activités de Perenco du point de vue environnemental, social, fiscal et sur les droits humains. « Perenco y a repris une concession de Chevron en 2000. Ses investissements dans la maintenance des installations ou le remplacement des équipements ont été minimaux. Résultat : des profits immédiats pour l’entreprise, mais d’importants problèmes de sécurité pour les ouvriers et de pollution pour les communautés environnantes », explique Samuel Pommeret du CCFD-Terre Solidaire.

La dégradation de l’environnement qui en résulte affecte négativement les conditions de vie autour de Moanda, « cité pétrolière la plus pauvre du monde » au dire même de ses habitants. Parallèlement, les écologistes s’inquiètent de forages offshore de Perenco à proximité du Parc marin des Mangroves, protégé par une convention internationale. Et les bénéfices allégués de l’activité pétrolière pour le « développement » restent quasi invisibles sur le terrain. Quant aux revenus fiscaux engendrés pour la RDC, on ne sait ni leur montant exact, ni comment ils sont calculés, ni leur usage.

Depuis la publication de ce rapport, rien n’a changé sur le terrain. Le contrat liant Perenco et le gouvernement de la RDC n’a toujours pas été rendu public, en dépit de la loi. Le nouveau code des hydrocarbures porté par la société civile congolaise reste à l’état de projet. L’entreprise semble s’être fait une spécialité de cultiver des réseaux et des relations étroites avec les milieux dirigeants, aussi bien en France et en Grande-Bretagne que dans les pays où l’entreprise investit. Les propriétaires de l’entreprise, la famille Perrodo, figure à la 13e place des plus grandes fortunes françaises selon le dernier classement de Challenges.

Raison de plus, sans doute, pour faire jouer la pression citoyenne pour parvenir à mettre Perenco face à ses responsabilités. C’est le pari qu’ont fait les ONG Sherpa et le CCFD-Terre Solidaire en proposant la nomination de l’entreprise au prix Pinocchio 2014 dans la catégorie « mais sales, poches pleines », visant « l’entreprise ayant mené la politique la plus opaque au niveau financier (corruption, évasion fiscale, etc.), en termes de lobbying, ou dans sa chaîne d’approvisionnement ». Les votes sont ouverts jusqu’au 17 novembre.

Olivier Petitjean

- Pour en savoir plus :
Voir tous les articles sur Perenco de notre Observatoire des multinationales.

Photo : Julien Gomba CC

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