Adieu la République...

Oligarques à gogo ! (Episode 3)

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Pendant que le « débat » sur l’identité nationale accapare la sphère médiatique, la prédation d’entreprises publiques, de multinationales dont l’Etat est actionnaire et de groupes bancaires par un petit clan s’intensifie. Depuis début 2008, l’Elysée a procédé à la nomination d’une douzaine de grands patrons, de François Pérol à Henri Proglio. La nouvelle loi sur les jeux d’argent en ligne sert aussi le même petit clan, présent au célèbre dîner du Fouquet’s, avec à la clé un marché juteux de 3 milliards d’euros. Voici le troisième volet de notre série « Adieu la République... Vive l’Oligarchie ! ».

En un an et demi, Nicolas Sarkozy et son exécutif ont nommé une douzaine de patrons. Parmi eux, Alain de Pouzilhac : cet ancien PDG de l’agence de communication Euro RSCG est choisi en février 2008 pour diriger la holding Audiovisuel extérieur de la France qui regroupe la chaîne d’information France 24, la radio RFI et la chaîne de télévision généraliste TV5 Monde. En octobre 2008, Pierre Mariani, ex directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy entre 1993 et 1995, quitte BNP-Paribas pour prendre à 52 ans la direction exécutive de la banque franco-belge Dexia. En février 2009, François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Élysée est placé à la tête du nouveau géant bancaire Banques Populaires - Caisses d’épargne de BPCE malgré la loi du 29 janvier 1993, qui interdit à tout fonctionnaire de rejoindre une entreprise privée sur laquelle il a exercé un contrôle.

En mai 2009, Luc Vigneron, PDG depuis 2001 du groupe d’armement terrestre public Giat Industries, devenu en 2006 Nexter, prend la direction de Thales (technologies électroniques et spatiales) détenu à 27% par l’Etat français. Il a été directeur de la stratégie puis directeur général d’Alcatel Alstom. En juin, Bernard Delpit, ancien directeur adjoint de l’entreprise franco-chinoise Dongfeng Peugeot-Citroën Automobile, puis conseiller économique à l’Élysée depuis 2007, est nommé directeur général délégué en charge des finances de La Poste.

L’argent des contribuables

Le 1er septembre, Stéphane Richard, directeur de cabinet de Christine Lagarde, est nommé directeur général délégué de France-Telecom - Orange, dont l’Etat détient 26% des actions. Si tout se passe comme prévu il devrait prendre la succession de Didier Lombard dont le mandat de PDG arrivera à échéance en 2011. Ancien patron de la filiale immobilière de la Générale des Eaux qu’il a racheté, il est devenu multimillionnaire lors de sa revente. Ce proche de Nicolas Sarkozy a ensuite occupé des fonctions de dirigeant chez Veolia Environnement et Veolia Transport, filiale du groupe Veolia dirigé par Henri Proglio. La nomination de ce dernier à la tête d’EDF a aussi de quoi inquiéter. Il devrait s’installer à la tête d’EDF le 22 novembre prochain tout en gardant la présidence du conseil de surveillance de Veolia. Après la fusion GDF-Suez, voilà qui augure le rapprochement EDF-Veolia. « Proglio doit présider un géant mondial de l’électricité et engager une nouvelle configuration qui fera à terme d’EDF le premier actionnaire de Veolia, explique le sociologue Marc Laimé. Cette opération verra EDF abandonner les parts qu’elle détient dans Dalkia, la filiale spécialisée dans le chauffage, sans que Veolia ne débourse un centime ». Le sociologue rappelle qu’avec ses 58 centrales et plus de 400 barrages, EDF est le premier gestionnaire des masses d’eau de surface en France. Un précieux patrimoine aquifère pour Veolia qui a bâti son empire grâce au marché de la gestion de l’eau et à la rente qu’il procure.

Outre les directions des entreprises, on peut aussi citer le cas du fonds stratégique d’investissement. Ce fonds souverain « à la française » doté de 20 milliards d’euros est créé en 2008 pour favoriser le développement des PME. Il est présidé par Jean-François Dehecq, qui dirige aussi le groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis. À la tête de son comité d’investissement, qui choisit où placer l’argent des contribuables, on trouve Patricia Barbizet. Elle est actuellement présidente du conseil de surveillance du Groupe PPR (Pinault – Printemps – Redoute), où elle occupe aussi le poste de directrice générale d’Artemis, la holding qui gère les participations de François Pinault (propriétaire de PPR et 6ème fortune de France). Artemis est également impliquée dans l’affaire Executive Life, ce rachat hasardeux d’une société états-unienne en faillite par le Crédit Lyonnais, qui coûta 15 milliards d’euros aux contribuables français. La filiale du groupe PPR a été initialement condamnée par la justice américaine à payer une amende de 241 millions de dollars, pour dissimulation volontaire d’informations, déclarations frauduleuses et participation à une conspiration. L’amende a pour l’instant été annulée. De quoi s’interroger cependant sur les compétences de celles et ceux qui gèrent ce tout nouveau fonds souverain et sur la justesse de leurs investissements…

De la pub et des jeux

Les exemples illustrant comment l’État rend service aux grandes entreprises sont légions, en plus des « partenariats public – privé ». L’annonce de la fin de la pub sur la télé publique et la redistribution éventuelle d’un gâteau publicitaire de 850 millions d’euros a été suivie par une hausse de 10% de l’action TF1 à la Bourse de Paris et de 4,5% de celle de M6. La régie publicitaire de France Télévisions cédera 70% de son capital début 2010. Six repreneurs sont encore en lice : Stéphane Courbit, propriétaire de la boîte de production Endemol, actionnaire de Direct Energie, proche de Nicolas Sarkozy et de Vincent Bolloré ; le couple Charles Beigbeder (dirigeant de Poweo, proche de l’UMP) et Gaspard de Chavagnac (Televista) ; Fabrice Larue, ancien dirigeant du groupe LVMH, propriétaire de la société d’investissement dans la production médias et cinéma FL Capital Partners, allié à la Caisse d’épargne ; NextradioTV, détenu par Alain Weill (BFM, RMC, La Tribune) ; Walter Butler (Butler Capital Partners), proche de Dominique de Villepin. Une rumeur fait aussi état de l’intérêt de… France Télécom – Orange. Au final, deux repreneurs seront désignés. Ils auront comme première mission de mettre en œuvre un plan social qui menace les 288 salariés de la régie.

L’Assemblée nationale adopte le 13 octobre dernier la loi légalisant le poker et les paris sportifs et hippiques sur Internet. Le texte entrera en vigueur en 2010 à la plus grande satisfaction de Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH et 1ère fortune française, Stéphane Courbit, Martin Bouygues (groupe Bouygues), François Pinault (PPR), Patrick Le Lay, ancien dirigeant de TF1, à la tête d’un fonds d’investissement dont Bouygues et Artemis (filiale de PPR) sont actionnaires, et enfin Dominique Desseigne, dirigeant du Groupe Lucien Barrière, spécialisé dans les casinos. Quel est leur point commun ? Ces personnalités sont toutes investies dans des projets de sociétés de paris sportifs ou hippiques sur Internet. Elles ont aussi la particularité d’avoir dîné ensemble le soir du 6 mai 2007 au Fouquet’s en présence de Nicolas Sarkozy, tout fraîchement élu. Le marché des jeux en ligne concerne 5% de la population et est actuellement évalué à 3 milliards d’euros.

Oligarque : « Ce mot, qui n’est pas flatteur, exprime une idée sur laquelle il y a un large consensus : on ne peut pas attendre de particuliers dotés d’une telle richesse qu’ils servent un autre intérêt que le leur », prévient l’économiste états-unien James Kenneth Galbraith (L’Etat Prédateur, éditions du Seuil). « Non seulement l’État n’a pas disparu, non seulement il s’est mis plus que jamais au service des entreprises, mais il s’est même mué en un gouvernement de type entrepreneurial, dénoncent le sociologue Christian Laval et philosophe Pierre Dardot dans La Nouvelle Raison du Monde (Editions La Découverte). Cette mutation ne vise pas seulement à accroître l’efficacité et à réduire les coûts de l’action publique, elle subvertit radicalement les fondements modernes de la démocratie. ». Ce n’est pas l’Etat qui a disparu, mais l’intérêt général.

Nadia Djabali

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