Catastrophe humanitaire

Offensive israélienne sur Gaza : les enfants palestiniens paient un lourd tribut

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Depuis le début de l’opération militaire israélienne contre Gaza, le 7 juillet, 230 Palestiniens ont été tués. Une victime sur cinq est un enfant. Des enfants qui paient un lourd tribut à chaque offensive : ils sont des centaines à avoir été blessés, des milliers à avoir perdu un proche ou leur maison, des dizaines de milliers à ne plus avoir accès à l’eau. Sans oublier les lourdes conséquences psychologiques. Une catastrophe humanitaire qui aura « des conséquences alarmantes pour les futures chances de paix, de stabilité et d’entente », alerte l’Onu. De notre envoyé spécial.

« Israël est le seul à se préoccuper du sort des gazaouis », affirme l’ambassadeur d’Israël en France, Yossi Gal, dans une tribune publiée par Le Monde du 15 juillet. Une assurance qui résonne étrangement sur place. Le lendemain, la marine israélienne a délibérément tiré sur une plage de Gaza, tuant quatre enfants gazaouis appartenant à la même famille. Cette tragédie est intervenue à quelques mètres de l’hôtel où résident une majorité des journalistes « occidentaux » présents dans l’enclave. Ils ont ainsi pu montrer au monde entier des images de ce qui caractérise l’offensive du gouvernement Netanyahou : les bombardements ont causé des ravages parmi les civils palestiniens, au premier rang desquels se trouvent les enfants.

Depuis le début de l’opération « Haie de sécurité » (Operation Protective Edge), le 7 juillet, sur les 230 Palestiniens qui ont été tués à Gaza, 46 étaient des enfants. Soit un mort sur cinq. Déjà, lors de l’opération « Plomb durci » menée par Tsahal entre décembre 2008 et janvier 2009, plus de 400 enfants gazaouis avaient perdu la vie sur les 1315 personnes tuées dans la bande de Gaza. En novembre 2012, l’opération « Pilier de défense » entraînait la mort de 26 enfants sur 161 victimes côté palestinien. Dans ce conflit asymétrique, les enfants palestiniens paient le prix fort.

25 000 enfants ont perdu un proche ou leur maison

Sans oublier les blessés. Depuis le début des bombardements, plus de 400 enfants ont été blessés. A ces blessures corporelles s’ajoutent les plaies psychologiques dont on parle peu : plus de 25 000 enfants ont soit perdu un membre de leur famille, soit n’ont plus de maison ou de logement, détruit par l’offensive israélienne, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’Onu, qui tente de leur apporter une assistance psychologique spécialisée.

Les enfants de Gaza ont assisté à toutes sortes d’événements profondément traumatiques. 1660 habitations ont été détruites ou gravement endommagées. Six centres de soins, deux hôpitaux et un dépôt d’ambulances ont été la cible des bombardements de l’aviation israélienne. 22 600 personnes sont des déplacés forcés… Le 12 juillet, Tayseer Al-Bath, chef de la police de Gaza, a été tué avec 17 autres membres de sa famille, lors du bombardement de leur maison par l’armée israélienne. C’est en larmes que son fils, qui a survécu, a participé à l’enterrement de toute sa famille.

« Des conséquences alarmantes pour les futures chances de paix »

« Cette violence prélève un tribut terrifiant aux enfants, à la fois physiquement et psychologiquement, avec des conséquences alarmantes pour les futures chances de paix, de stabilité et d’entente. Trop d’enfants ayant été témoins d’une telle violence, viennent à la considérer comme normale », a déclaré Anthony Lake, directeur exécutif de l’Unicef. En 2013, l’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), estimait que « la fréquence des traumatismes et des troubles de stress post-traumatiques avait augmenté de 100% depuis le dernier conflit ». Sur toutes les personnes traitées pour ce type de troubles, 42% étaient des enfants (lire ici).

L’environnement général dans lequel vivent les Gazaouis est profondément dégradé. Rappelons qu’en dehors des périodes de bombardements israéliens, Gaza est soumis à un blocus depuis 2006. Un million et demi d’habitants se retrouvent confrontés à d’innombrables difficultés quotidiennes. « A cause du blocus, les hôpitaux et centres de soins sont constamment en manque de tout : au-delà des médicaments, lorsque les appareils médicaux tombent en panne, il est très difficile de les réparer pour cause de manque de pièces de rechange. Il en va de même pour les générateurs d’électricité indispensables pour les hôpitaux », évoque Cécile Gault-Khatib, chargée des relations extérieures de la Palestinian Relief Society, une ONG palestinienne qui dispose de cinq centres de soins à Ramallah, dont l’un a été bombardé par l’aviation israélienne.

Près d’un million de Gazaouis sans eau courante

Cécile Gault-Khatib rappelle que les graves inondations dont a été victime la bande de Gaza en décembre dernier avaient déjà affaibli les infrastructures humanitaires : « Un nombre important du matériel de réponse d’urgence avait été utilisé lors de cette catastrophe. Plusieurs organisations humanitaires présentes dans les villes de Gaza n’ont pas eu le temps de se réapprovisionner suffisamment en médicaments, consommables médicaux, tentes, nourriture ou eau. » 900 000 personnes se retrouvent aujourd’hui sans approvisionnement en eau, selon l’Onu. « Sur un territoire ou 90% de la population n’a pas accès à une eau de qualité », souligne Mustafa Barghouti, secrétaire général du Palestinian Relief Society et figure de la résistance non-violente palestinienne. L’UNRWA a déclaré que les attaques aériennes israéliennes avaient aussi frappé des personnes travaillant pour les services de distribution d’eau à Gaza, tuant quatre travailleurs. Ces attaques ont entraîné la suspension des opérations du service de l’eau, exposant ainsi davantage les populations à un risque de désastre sanitaire et environnemental.

La décision de Benyamin Netanyahou de déclencher une offensive terrestre ce 17 juillet ne va qu’aggraver le sort des Palestiniens de Gaza. La veille, en visite à Ashkelon, le jour même où mourraient les quatre enfants palestiniens sur la plage de Gaza, Avigdor Lieberman, le ministre des Affaires étrangères israélien issu d’un parti d’extrême-droite, a déclaré : « Nous ne pouvons pas assurer des vacances d’été, un été normal à nos enfants, sans opération terrestre à Gaza. » Quel type de vacances d’été passeront les enfants palestiniens ?

Eros Sana

Photo : le point de contrôle de l’armée israélienne aux abords du village palestinien de Qalandiya, en Cisjordanie (entre Ramallah et Jérusalem), ce 17 juillet / © NnoMan - Collectif OEIL

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