Mouvement social

Loi travail : multiplication des occupations et évacuations policières

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Il est à peine 6h00 ce 13 mai à l’aube quand les forces de l’ordre prennent position dans les rues de Rennes pour lancer l’évacuation de la « Maison du peuple ». Située en plein centre ville, cette vaste salle de concert – autrefois bourse du travail – était occupée depuis le 1er mai par des jeunes, étudiants, précaires, zadistes, intermittents, syndicalistes... tous « en lutte contre la loi travail et son monde ». Au fil des assemblées générales et des ateliers de formation à la résistance aux violences policières, le lieu était devenu un centre important d’organisation de la lutte contre la loi travail. Le 4 mai, les occupants avaient réussi à obtenir la signature, par la mairie socialiste, d’une convention de mise à disposition de la salle. L’engagement n’aura pas tenu bien longtemps : une semaine plus tard, la municipalité somme les occupants de s’en aller, menaçant de faire appel aux forces de l’ordre.

« Ils ont carrément envoyé le Raid, s’étonne un des manifestants venus soutenir les occupants de la Maison du peuple. Ceux qui doivent s’occuper des terroristes ! Avaient-ils peur que des gens soient armés à l’intérieur ? » Pour tâcher d’empêcher l’évacuation, une vingtaine de personnes sont montées sur le toit du bâtiment. Elles ont été descendues une par une par les forces de l’ordre à l’aide d’une échelle de pompiers. « Nous n’avons pas été trop malmenées », témoignent les personnes évacuées. Côté rue, les jeunes venus protester contre l’évacuation ont été aspergés des lacrymos de bon matin. Une grande manifestation de soutien à la maison du peuple est appelée ce vendredi soir à Rennes. Diverses actions de « blocage économique » sont annoncées.

Des policiers à l’École normale supérieure

A Lyon, les forces de l’ordre sont également intervenues mercredi 11 mai au petit matin, pour déloger les étudiants de l’école normale supérieure (ENS) qui occupaient une salle de l’établissement depuis le 25 avril. Surpris en plein sommeil, six étudiants ont été expulsés manu militari du bâtiment, sans même que certains aient le temps de s’habiller. Des étudiants, mais aussi certains professeurs ont vivement protesté contre la présence policière au cœur du campus. Née dans le cadre des manifestations contre la Loi El Khomri et de la Nuit Debout lyonnaise, cette mobilisation au sein de l’ENS a permis aux militants de pratiquer l’autogestion. Organisations de petits déjeuners avec le personnel de l’école, diffusions de films, assemblées générales chaque midi, des banquets chaque soir.... les occupants de l’ENS n’ont pas chômé. Des journalistes, philosophes, économistes et sociologues ont par ailleurs été invités.

Le théâtre des Célestins, à Lyon, a lui aussi été occupé à la fin du mois d’avril, par des chômeurs, des étudiants ou des auto-entrepreneurs précarisés « à la faveur de l’occupation généralisée des places et des lieux de France contre la loi Travail et son monde, et dans l’esprit d’une convergence des luttes ». Strasbourg, Bordeaux, Caen, Lille, Montpellier.... Plusieurs théâtres ont été occupés un peu partout par des intermittents inquiets de voir leurs conditions d’indemnisations revues à la baisse, rejoints par de nombreuses personnes en lutte pour le retrait de la loi travail. À Paris, le théâtre de l’Odéon a été investi pendant quatre jours par une cinquantaine de personnes, avant d’être évacuées par la police au matin du 28 avril.

Depuis hier soir, jeudi 12 mai, c’est l’école des Beaux-Arts de Paris qui est occupée. Investie juste après la manifestation intersyndicale, l’école est appelée à devenir l’une des bases du mouvement « nuit debout ». Près de 500 personnes étaient présentes à l’assemblée générale qui s’est tenue en fin de journée. L’organisation du quotidien se met en place : cantine, dortoirs, accueil, relations presse... « Occuper, c’est aller à l’encontre d’une société individualiste en tissant des liens, c’est aussi apprendre à gérer collectivement un espace qui n’est pas seulement un lieu de discussion mais aussi un lieu de vie où nous mangeons, dormons, préparons les actions à venir, expliquent les occupants lyonnais de l’ENS. C’est un moyen de penser la démocratie et de la construire à notre échelle. »

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