Alimentation

Les fleurs bio de Sandra ? On en mange !

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Dans la Drôme, une ex-professeure de biologie s’est lancée en 2009 dans le maraîchage bio de légumes, mais aussi de fleurs comestibles ! Cosmos, dahlias, bleuets et tournesols s’apprécient autant en bouquet qu’en salade de pétales. La culture de fleurs comestibles contribuera-t-elle à relancer le secteur de l’horticulture bio ? Portrait d’une pionnière, en partenariat avec la revue Village.

« Vos fleurs, c’est pour offrir ou pour manger ? » Sur le marché de Die, dans la Drôme, la question n’étonne que les touristes. Tous les samedis matins, les habitués se pressent derrière le stand de Sandra Burger. Les uns achètent un bouquet pour leur dulcinée. Les autres, une barquette de cosmos, de soucis ou de mauves pour agrémenter leur salade. Et souvent les deux. « Les fleurs comestibles apportent de la gaieté et des notes gustatives. Les capucines piquent un peu comme de la roquette, alors que les lavatères sont douces sur la langue. On dirait du velours », explique Sandra avec une pointe d’accent qui trahit ses origines.

Cette Autrichienne de 35 ans est tombée sous le charme de la Drôme, en 2005, à l’occasion d’un stage de woofing dans une ferme voisine. Conquise, la toute jeune professeure de biologie décide alors de changer de métier et de pays. Elle passe un brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BPREA) au lycée agricole de Die et enchaîne sur un stage chez un maraîcher. En 2009, elle trouve quelques arpents de terre pour se lancer dans la culture de légumes, auxquels elle ajoute très vite des fleurs comestibles et ornementales. Un pari gagnant qui lui permet de se faire remarquer dès ses premiers marchés. Mi-maraîchère, mi-fleuriste, Sandra a trouvé son créneau.

Pour démarrer, Sandra s’est limitée à une petite surface et peu de matériel. Elle a investi 15 000 euros sur trois ans (motoculteur, serres, système d’irrigation, petit outillage) qu’elle a depuis remboursés. Son nouveau statut agricole lui permet de bénéficier de la dotation jeune agriculteur (DJA). Soit 26 000 € dont une partie servira à payer de nouveaux investissements (chambre froide, petit tracteur et camion d’occasion). Elle réalise des économies en reproduisant l’essentiel de ses semences (200 € d’achat de graines seulement, cinq fois moins que prévu).

Des fleurs semi-sauvages

En France, l’horticulture bio est très peu développée. Les fleurs coupées poussent à grand renfort d’engrais et de pesticides. « Faute de modèle, j’ai beaucoup expérimenté, quitte à me louper. Cette année par exemple, les glaïeuls ont été mangés par des parasites, témoigne-t-elle. Mais la plupart de mes fleurs sont semi-sauvages, donc peu sujettes aux maladies. Certaines protègent même les légumes des ravageurs, comme les tagettes et les œillets d’Inde plantés au milieu des tomates. » Elles attirent également les auxiliaires du jardinier : abeilles, syrphes, bourdons, papillons, oiseaux. Des hôtes précieux pour la pollinisation des plantes et l’élimination des indésirables.

Dans un seul bouquet rond à cinq ou dix euros, Sandra n’hésite pas à multiplier les variétés – jusqu’à plusieurs dizaines, autour d’une base de tiges de carottes sauvages pour protéger les pétales. Parmi ses préférées, les zinnias, les mufliers et les rudbeckies, auxquelles elle ajoute volontiers des aromatiques : menthe, basilic, origan, sauge. Attention toutefois, si ses bouquets sentent bon, ils ne sont pas comestibles. Pour la cuisine, préférez les barquettes de pétales soigneusement sélectionnés.

Pétales de fleurs, coulis de légumes

Les fleurs coupées ont fait sa réputation mais elles ne représentent qu’un tiers de son activité. Les légumes et la production de plants (fleurs, légumes et aromatiques) constituent les deux tiers restants. Un choix prudent. Car les fleurs ne poussent que sept mois de l’année et restent fragiles. « Dès qu’un pétale est troué ou légèrement flétri, je jette toute la fleur ! Une feuille de blette déchirée, je la vends quand même », observe-t-elle. Sandra aime la robustesse des oignons, des pommes de terre et des potimarrons, mais son légume préféré reste la tomate, dont elle produit 130 variétés anciennes. Sur ses terres situées en contrebas de Die, on trouve l’Ivory Egg en forme d’œuf, la juteuse German Gold ou encore la Black Pear bien sucrée. Avec certaines, elle fabrique des coulis au goût intense.

Elle vend l’essentiel de sa production en direct sur deux marchés locaux et dans l’épicerie bio de Die, mais également des fleurs coupées pour des mariages et les variétés comestibles dans les restaurants. Pour l’instant, avec un chiffre d’affaires annuel de 20 000 €, elle ne s’accorde qu’un demi-smic de rémunération. Le salaire de son compagnon est bienvenu. Mais cette année devrait être celle du changement. Avec un hectare cultivé, Sandra bénéficie enfin du statut agricole – donc de la sécurité sociale agricole – après cinq ans de cotisation solidaire. 2015, l’année de l’éclosion ?

Stéphane Perraud (Village)

Cet article a été réalisé en partenariat avec le trimestriel Village, dans le cadre du projet Médias de proximité, soutenu par la Drac Île-de-France. La revue Village est vendue dans tous les bons kiosques et sur abonnement.

Pour en savoir plus sur l’initiative de Sandra Burger :
1 bis, rue Joseph Reynaud, 26150 Die.
Tél. : 04 75 21 49 10

Les fleurs du mal

Le marché horticole s’internationalise. La France importe massivement des fleurs de Colombie ou du Kenya. Elles sont gavées d’engrais et de pesticides dont certains sont interdits en Europe, affirme le biologiste David Harper, qui travaille sur l’état des eaux du Kenya. Elles assèchent et polluent les réserves hydriques du pays. Elles sont ensuite acheminées par avion vers la bourse aux fleurs d’Amsterdam, qui leur appose la mention « origine Pays-Bas », avant d’être réexpédiées partout dans le monde ! « Les enfants devraient éviter de respirer à pleins poumons les roses des fleuristes. Des hôpitaux déconseillent désormais d’apporter des bouquets dans les chambres des patients, constate Sandra Burger. Et je ne mettrai jamais des fleurs de supermarché sur mon compost, de peur de le tuer ! »

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