1er Mai

Mouvement social : spirale de violences de la part des forces de l’ordre

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Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté ce dimanche 1er mai, partout en France, pour le retrait de la loi travail. Dans plusieurs villes, les défilés ont été émaillés d’incidents avec les forces de l’ordre. À Paris, CRS et gendarmes mobiles ont coupé en deux le cortège et gazé de nombreux manifestants, interrompant plusieurs dizaines de minutes le déroulé de la manifestation pourtant autorisée. De nombreux observateurs dénoncent une stratégie de la tension de la part des forces de l’ordre, présentes en force à proximité immédiate des cortèges, une stratégie qui se solde par une spirale inquiétante de violences.

La précédente journée d’action nationale, jeudi 28 avril, à l’appel de l’intersyndicale – CGT, FO, la FSU, Solidaires, Unef, Fidl et UNL – a aussi été marquée par plusieurs heurts avec les forces de l’ordre, des blessés graves, et de nombreuses arrestations. « Le Préfet de police rend hommage aux forces de l’ordre dont le comportement a été, une nouvelle fois exemplaire », se félicitait la Préfecture de police. Le ministère de l’Intérieur comptabilisait « 21 interpellations » suite à « des violences sur agents de la force publique, participation à un attroupement armé et port d’arme prohibée », et neuf fonctionnaires blessés, « dont plusieurs sérieusement ».

« Nous avons été gazés, trainés à terre, humiliés, pour la seule raison d’être restés sur la place après minuit. La plupart d’entre nous ont été blessés par les CRS et leurs matraques, gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement et autre flashball. Il en résulte, à notre connaissance, une fracture de la main, un crâne ouvert, des contusions sévères très nombreuses », dénoncent de leur côté des étudiants des Beaux-Arts participant à « Nuit debout » à Paris. Un peu plus tôt dans la journée de jeudi, des manifestants qui se rendaient à la bourse du travail de Saint-Denis ont été encerclés par les forces de l’ordre. 120 d’entre eux ont été interpellés, et deux placés en garde à vue : un syndicaliste de Sud-Rail et un sociologue, enseignant-chercheur à l’Université Paris 8 et syndiqué à la CGT, Nicolas Jounin. En garde à vue toute la nuit, ils sont passés devant le juge vendredi matin.

« Les CRS les ont tirés comme des lapins »

À Marseille, plusieurs manifestants ont été touchés par des tirs de grenades lacrymogènes et de flashballs. Un représentant de Sud Collectivités territoriales, touché à la gorge, a été hospitalisé. Un collégien de 14 ans, a reçu un tir de flash-ball juste sous l’œil. « Les CRS ont été très provocateurs avec les grenades lacrymogènes déjà sorties et les matraques bien visibles alors qu’on manifestait pacifiquement » », raconte un témoin dans le quotidien La Marseillaise. L’union syndicale Solidaires, dont un camion a été visé par des tirs de flashball, dénonce de son côté « une violence inadmissible » émanant des forces de police.

À Rennes, un étudiant a perdu son œil, touché au visage par un tir de LBD40 – projectile du même type que les flash-balls, mais plus puissant. « Les gens ont commencé à s’échapper par le pont. Les CRS les ont tirés comme des lapins au flash-ball, c’est là qu’il a été touché. […] Il y a eu des flots et des flots de sang et c’est là que nous nous sommes rendu compte qu’il était en train de perdre son œil. Le tir de flash-ball directement dans l’œil, ça ne pardonne pas. Un jeune mec de 20 piges qui est en licence de géographie qui vient faire valoir ses droits et qui se retrouve à l’hôpital. On espérait que le drame n’arrive pas, mais il a fini par arriver aujourd’hui », rapporte un témoin de la scène sur Europe 1. « Aujourd’hui, 1er mai, on a repeint en rouge, couleur du sang et de la lutte, le pont où notre camarade a perdu un œil », rapporte un manifestant.

Au moins deux autres personnes, des militants de Sud PTT, ont été blessées à Rennes le jeudi 28 avril : « Ils ont été frappés à coups de matraque pendant la charge des brigades spéciales d’intervention qui repoussaient les manifestants, rapporte Serge Bourgin, secrétaire général adjoint de Sud PTT Ille-et-Vilaine. L’un d’eux a eu le crâne ouvert, l’autre a un écrasement des ligaments du genou. Il ne peut toujours pas, quatre jours plus tard, poser le pied à terre. Nous réfléchissons à un dépôt de plainte. »

Des musiciens arrêtés

« La politique de l’intimidation et de la désinformation pratiquée actuellement par le gouvernement ne fera pas plier la détermination du mouvement social contre le projet de loi travail », lance Hélène Ohresser de Sud éducation Bouches-du-Rhône. À Marseille, le 1er mai, les interpellations ont pourtant commencé avant le défilé ! Quatre personnes, dont deux militants syndicaux de Sud éducation et de la Confédération nationale du travail (CNT), ont été arrêtées en chemin vers le défilé. « Sur réquisition du procureur, les forces de police devaient procéder à des contrôles d’identité et des fouilles de sacs », explique Jean-Marc Robert, de Solidaires Bouches-du-Rhône. « L’une de ces quatre personnes n’allait même pas à la manifestation, raconte Hélène Ohresser, de Sud éducation. Il rentrait simplement d’un concours de pétanque. Et il avait ses boules de pétanque à la main ! » Tous les quatre passent la nuit en garde à vue et sont finalement ressortis libres lundi matin, après leur passage devant le juge des libertés.

Trois autres personnes ont été arrêtées aux barrages filtrants mis en place sur la Canebière le 1er mai : « Des musiciens de la batucada, raille Jean-Marc Robert, qui avaient le tort de porter des baguettes, avec lesquelles ils font de la musique, et des genouillères sur lesquelles ils posent leurs instruments ! ». « Combien de crânes ouverts et autres blessures graves, d’hospitalisations comme de points de suture, de tirs de flashballs, d’insultes, de menaces, d’arrestations jusque devant les lycées, de gardes à vue et de procès, avant que nous ne cessions de tolérer cela ? », interroge un collectif composé de plus de trois cents universitaires, artistes, militants associatifs, dans un appel lancé le 18 avril dernier pour dénoncer les violences et les dérives policières qui se généralisent depuis l’instauration de l’état d’urgence. « Laisser la matraque impunie, c’est porter aussi une immense responsabilité. La condamnation de cette violence récurrente devrait être sans appel ; or, on est encore bien en-deçà du nécessaire à l’échelle nationale. »

Pour dénoncer des interpellations abusives ou d’autres violences policières, le collectif « Stop aux violences policières » invite toute personne victime, témoin ou détentrice d’images ou vidéos à les communiquer [1]. Objectif de cette recension : médiatiser l’étendue de ces violences et dénoncer auprès du Défenseur des droits l’usage anormal et disproportionné de la force par la police [2].

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