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Primaires US

Les candidats républicains auxquels les États-Unis risquent de ne pas échapper

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Ils sont plus réacs et incultes les uns que les autres. Sept candidats de droite et d’extrême droite s’affronteront lors des primaires républicaines qui commencent le 3 janvier aux États-Unis. Celui ou celle qui en sortira vainqueur affrontera Barack Obama lors de l’élection présidentielle de novembre 2012. Avec des programmes aberrants et une vision du monde digne d’un Rambo analphabète. Revue de détail de ces possibles futurs présidents de la première puissance planétaire.

Les primaires aux États-Unis, c’est un peu un mélange de Dallas et de « Questions pour un champion » – niveau collège – avec des airs de « Koh Lanta ». Les boulettes des uns succèdent aux gaffes des autres, dans une ambiance générale de surenchère et de démagogie. À écouter les candidats républicains, Nadine Morano passerait presque pour une personnalité politique subtile et distinguée. Aujourd’hui, ils sont encore sept dans la course à l’investiture. Et pour le moment, aucun ne tient en tête des sondages plus de quelques semaines. Difficile visiblement pour le parti républicain de faire émerger un candidat crédible et qui fasse consensus dans le parti, alors que les premiers votes démarrent dans l’Iowa le 3 janvier.

Le favori, depuis mi-novembre, s’appelle Newt Gingrich. Le credo de cet ancien président de la Chambre des représentants : remettre les jeunes au travail. Il a conseillé aux manifestants d’Occupy Wall Street, « qui croient que tout leur est dû », de « chercher du boulot, après avoir pris un bain ». Le républicain a également qualifié de « stupides » les lois sur le travail des enfants, prônant leur assouplissement pour permettre, par exemple, que les enfants puissent être payés pour assurer la sécurité de leurs écoles.

Newt Gingrich, « leader des forces civilisatrices »

Son programme économique se résume en deux mots : réduire les taxes. Concrètement ? Ceux qui gagnent plus d’un million de dollars par an paieront 11 % d’impôts au lieu de 31 % actuellement. L’impôt sur les sociétés sera divisé par 3. Soit un manque à gagner de l’ordre de 1 280 milliards de dollars en 2015 pour les États-Unis [1] ! Pas loin des propositions de Ron Paul, actuellement en troisième position dans les sondages, qui, pour réduire les dépenses publiques de 1 000 milliards de dollars par an, veut supprimer cinq ministères : Éducation, Énergie, Commerce, Intérieur et Aménagement du territoire, ainsi que la Banque centrale américaine, jugée inutile, comme il le fait savoir dans un spot vidéo :

Newt Gingrich propose que les Américains entrant dans la vie active ne soient plus affiliés à la Sécurité sociale, mais financent leurs dépenses sociales en plaçant leurs économies sur les marchés financiers… Il subit actuellement les attaques virulentes de ses adversaires, qui lui reprochent son travail de « lobbyiste » pour le compte de la société de crédit hypothécaire Freddie Mac, dont les caisses ont été renflouées par le contribuable lors de la crise des subprimes. L’entreprise a versé 1,6 million de dollars à Newt Gingrich pour ses activités de « conseil ». Une image en total décalage par rapport à la mission morale qu’il prétend incarner : « Gingrich. Mission principale : avocat de la civilisation. Enseignant des règles de la civilisation. Leader des forces civilisatrices », écrit-il dans une note exhumée par une commission parlementaire chargée d’une enquête sur lui.

Les primaires, concours de gaffes

En tête des sondages en octobre, Herman Cain, ex-patron d’une chaîne de pizzerias, s’est retiré de la course début décembre. L’accumulation de plaintes pour harcèlement sexuel a eu raison de ce candidat sans expérience politique. Son programme économique se résumait aux trois chiffres 9-9-9 : soit 9 % d’impôts sur le revenu, sur les bénéfices des entreprises et pour la TVA. Une idée qui, selon certains, ressemble étrangement aux règles du jeu vidéo SimCity. « Ne blâmez pas Wall Street ou les grandes banques, si vous n’avez pas de travail et si vous n’êtes pas riche, vous n’avez qu’à vous en prendre à vous-même ! », assène-t-il aux manifestants d’Occupy Wall Street en octobre. Son point faible ? La politique étrangère. Encore plus simpliste que son programme économique, avec les bons et les méchants, comme il le présente sur son site de campagne.

Sans oublier sa proposition d’une barrière de six mètres de haut, électrifiée avec des barbelées, entre le Mexique et les États-Unis, élément central de sa politique migratoire. On lui reproche son manque de connaissance internationale ? Avant de travailler pour Godfather’s Pizza, « je n’avais jamais fait de pizza, mais j’ai appris », réplique-t-il.

L’URSS, nouvelle menace globale…

Sa vision internationale est presque aussi caricaturale que celle de Michele Bachmann, sosie de Sarah Palin et égérie du Tea Party, seule femme dans la course. Celle-ci estime que les États-Unis doivent faire face à « un nouvel axe du mal » – Iran, Syrie, Corée du Nord, Chine et Russie. Elle évoque également dans une interview la peur des Américains face à la montée de l’Union soviétique… Ou affirme, à propos de l’envoi possible de soldats en Ouganda : « Le président nous a envoyés en Libye. Il nous entraîne maintenant en Afrique. »

Newt Gingrich a un peu plus d’expérience, ayant siégé dans des instances liées à la défense nationale sous George W. Bush. Il a pourtant assuré récemment que les Palestiniens étaient « un peuple inventé », ajoutant le lendemain : « Ces gens sont des terroristes. Ils enseignent le terrorisme dans leurs écoles. » En tant que président, dès le premier jour de son mandat, il sécurisera la frontière américaine « par tous les moyens nécessaires ». De quoi pacifier les relations internationales.

Redistribuer les richesses ? Un asservissement !

La palme de la boulette télévisée ? Décernée récemment à Mitt Romney. L’ex-gouverneur du Massachusetts, considéré comme républicain modéré (et trop peu charismatique), avait jusqu’ici réussi à ne pas trop déraper. Ce qui lui a permis une relative constance dans les sondages. Il est en seconde position depuis l’été, après avoir fait la course en tête. Le 10 décembre, lors d’un débat en direct, son rival Rick Perry l’accuse d’avoir soutenu la réforme du système de santé de Barack Obama. En réponse, Romney se dit prêt à parier 10 000 dollars pour prouver à son adversaire qu’il a tort. De la politique version multimillionnaire… [2]. Et un comportement complètement « déconnecté de la réalité », surtout en période de crise, ont dénoncé ses adversaires.

En tête des sondages en septembre, aujourd’hui au plus bas, Rick Perry, gouverneur du Texas, incarne une droite dure et ultraconservatrice. Il a, lui aussi, accumulé les bourdes, évoquant la « révolution américaine du XVIe siècle » (une légère erreur de deux siècles), se trompant sur la date de l’élection présidentielle ou sur l’âge légal du droit de vote [3]… Allant même jusqu’à oublier, lors d’un débat télévisé, le nom de la troisième agence gouvernementale qu’il veut supprimer (après le Commerce et l’Éducation) – une mesure-phare de son programme. « Oups », conclut-il au bout d’une longue minute passée à se creuser la tête.

Favorable à l’abandon de l’impôt sur le revenu et de la taxation sur les plus-values, Rick Perry écrit dans son dernier livre (Ras le bol ! Notre lutte pour sauver l’Amérique de Washington) qu’il déteste le 16e amendement de la Constitution, instituant l’impôt fédéral : « Un grand jalon sur la route de l’asservissement » car il représente « la naissance de la redistribution des richesses aux États-Unis ». En 2009, il déclare que le Texas pourrait faire sécession si le gouvernement fédéral continuait à « harceler » les citoyens [4].

Les marées noires, une punition divine

Favori du Tea Party (avec Michele Bachmann), Rick Perry est du genre à porter des bottes de cow-boy nommées « Freedom » et « Liberty ». À faire son jogging le matin avec en poche un Ruger.380 à visée laser, chargé de balles à pointe creuse, et à tuer en passant un coyote qui menace le chien de sa fille. Une anecdote qu’il aime raconter à ses électeurs. En 2009, à Austin, lors d’un rassemblement du Tea Party, il déclare : « Je ne suis pas sûr que vous soyez un tas d’extrémistes de droite, mais si c’est le cas, nous sommes avec vous ! »

En avril 2010, pour dédouaner la compagnie pétrolière BP, Rick Perry suggère que la marée noire dans le golfe du Mexique est « un acte de Dieu ». En avril 2011, alors que des incendies ravagent l’État, il demande aux Texans de prier pour faire venir la pluie, décrétant trois jours de prières pour la pluie et « pour la guérison de notre terre » [5]. Pas mieux du côté de Michele Bachmann, qui affirme en août que l’ouragan Irene est un châtiment divin qui vise à attirer l’attention des responsables politiques sur les problèmes des Américains. Une blague, assure-t-elle le lendemain.

Le réchauffement climatique, un grand canular

Châtiment divin ou pas, l’environnement n’est pas la spécialité des candidats. Avec une allergie prononcée pour tout ce qui touche au réchauffement climatique. Pour Rick Perry, c’est un problème créé par les scientifiques, qui ont manipulé des données pour toucher de l’argent. « L’idée de mettre en péril l’économie américaine en nous fondant sur une théorie scientifique qui n’a pas encore été vérifiée est un non-sens. Juste parce qu’un groupe de scientifiques s’est levé et a dit "voici les faits" », a-t-il déclaré lors d’un débat public, se comparant à Galilée, lui aussi minoritaire en son temps. Il est rejoint par Herman Cain, pour qui le réchauffement climatique est une « arnaque ». Ron Paul considère cette question comme le « plus grand canular de ces années, voire de centaines d’années ».

Médaille d’or du climato-scepticisme : Michele Bachmann a affirmé devant la Chambre des représentants que la théorie du réchauffement est erronée car « le CO2 est produit naturellement par la nature » (sic). Quant à Gingrich, il maintient que le gouvernement n’a pas de rôle à jouer sur cette question. Il a participé à un spot vidéo appelant à agir contre le réchauffement climatique, « le plus grand regret de sa vie ». Seuls Mitt Romney et Jon Huntsman (crédité de 3 %) rompent avec la ligne républicaine sur le sujet.

L’environnement, ça tue l’emploi

S’en prendre à l’Agence nationale de protection de l’environnement (EPA) semble être aussi devenu un des passe-temps favoris des candidats. Rick Perry s’est déclaré favorable à un moratoire immédiat sur les régulations environnementales, tandis que Michele Bachmann veut cadenasser les portes de l’EPA, affirmant que l’agence devrait être rebaptisée « organisation tueuse d’emplois » (« job-killing organization of America »). Perry a lancé avec d’autres États une action en justice contre l’EPA pour l’empêcher de mettre en place des régulations visant à limiter les émissions de CO2 des centrales à charbon et des raffineries.

Depuis qu’il est gouverneur du Texas, Rick Perry a relancé des constructions de centrales au charbon, simplifiant le processus pour obtenir un permis de construction. Au Texas, l’industrie du gaz est également reine. Comme à Fort Worth, ville de 750 000 habitants qui a autorisé les forages de son sous-sol (avec fracturation hydraulique). En six ans, 2 000 puits ont poussé partout entre les habitations, près des écoles, des musées ou des parcs publics.

Comment financer sa campagne

Durant l’été, Rick Perry a fait passer une loi au Texas pour étendre un site de stockage de déchets nucléaires faiblement radioactifs, où tous les États américains peuvent désormais venir déposer leurs fûts contaminés. Le propriétaire de ce site, le milliardaire Harold Simmons a apporté une contribution aux campagnes électorales de la plupart des candidats républicains. Dont 1,2 million de dollars à Rick Perry [6].

Une étude de l’organisation Texans for Public Justice indique qu’en dix ans Rick Perry a nommé 3 995 personnes à des postes officiels, au sein d’agences ou de commissions. Et que 921 d’entre eux (ou leurs conjoints) ont fait un don pour sa campagne, pour un montant total de 17 millions de dollars ! Soit 20 % des sommes collectées depuis 2001 pour ses campagnes électorales. Question finances, Gingrich a aussi fait ses preuves. Depuis qu’il a quitté le Congrès, en 1998, sa société de conseil a engrangé pour 100 millions de dollars de contrats (dont 1,6 million de Freddie Mac, payé à Gingrich en tant qu’ « historien »).

Le 3 janvier, s’ouvre le processus des caucus dans l’Iowa, avec le premier vote décisif. L’avance de Gingrich dans cet État diminue au profit de Ron Paul, qui pourrait y faire un bon score. Devant Mitt Romney, Michele Bachmann et Rick Perry. Mais le succès risque d’être éphémère pour les deux favoris de l’Iowa, soulignent les commentateurs. Gingrich n’a pas rassemblé beaucoup de militants pour mener la campagne de terrain dans les autres États, et Ron Paul, le franc-tireur, ne passe pas pour un candidat crédible partout. La guerre des petites phrases et la traque des gaffes des adversaires ne fait sans doute que commencer.

Agnès Rousseaux

Photo : Drake University

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