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Débattre Droits des femmes

Le port de la burqa : un faux débat

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La polémique sur le port de burqa enflamme les partisans et les opposants à son interdiction. Faut-il légiférer ou laisser faire ? Sociologue et militante du Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim), Monique Crinon livre à Basta ! son point de vue sur la question.

58 députés ont appelé à la création d’une commission d’enquête sur le port de la burqa en France. Nicolas Sarkozy a tranché le 22 juin au Congrès de Versailles : « La burqa ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République. (…) Le Parlement a choisi de se saisir de cette question, c’est la meilleure façon de procéder ».

« Les femmes qui portent la burqa nous contraignent à penser la liberté, la question de la laïcité, la liberté des corps », explique Monique Crinon, sociologue et militante du Cedetim. « La liberté et le droit de se vêtir comme on veut sont inaliénables » poursuit-elle. Il est toutefois essentiel pour cette militante des droits des femmes de bien dissocier les questions soulevées par le port du voile et celui de la burqa. « Il n’y a pas de continuum » entre les deux pratiques, précise t-elle.

Le voile et la burqa, des pratiques distinctes

Cinq ans après le vote de la loi sur la laïcité du 15 mars 2004 qui interdit le port de tout signe religieux « ostensible » à l’école, le débat est donc relancé sur le port du voile intégral dans l’espace public. Pour Monique Crinon, « l’intervention du président de la République sur ces questions réactive un débat passionnel en France autour de la laïcité qui mobilise et qui fragmente, y compris la gauche ».

Deux conceptions différentes de la laïcité en France

L’arsenal juridique existant est « suffisant pour cadrer cette affaire-là » selon Monique Crinon. Quel serait alors l’effet d’une interdiction du port de la burqa ? Pour la sociologue, il serait synonyme d’exclusion car « vouloir libérer les femmes malgré elle produit en général l’effet inverse ». Contraindre, c’est enfermer davantage.

Hostile à toute proposition de loi spécifique qui les construirait en catégorie à part, Monique Crinon préconise à l’inverse de « construire des leviers à l’intérieur de situations qui sont souvent des situations d’oppression, de mépris, d’humiliation pour que ces femmes puissent peu à peu, par elles-mêmes et entre elles, trouver le chemin de l’exercice de leur liberté. » Des alternatives à la loi existent, parmi lesquelles le recours à des formes d’éducation populaire. « Il ne faut pas éviter la rencontre, au contraire, la réhumanisation passe aussi par le dialogue et la reconnaissance de l’autre dans sa dignité et sa liberté, même dérangeante. »

Lutter contre toutes les formes de discriminations

Alors que la situation en France et ailleurs n’est pas bonne tant sur les plans sociaux, qu’économiques et environnementaux, l’apparition sur la scène politique du port de la burqa révèle pour Monique Crinon que «  le gouvernement peine à trouver des arguments à la hauteur des enjeux. Ce détournement de l’information, fait aux dépends de femmes de la communauté musulmane qu’on criminalise, est une démarche aberrante ».

Sophie Chapelle

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