Campagnes citoyennes

Le boycott des produits israéliens s’étend en Europe

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« Enough. It’s time for a boycott ». L’appel est de l’essayiste canadienne Naomi Klein, dans le quotidien britannique The Guardian. Suite à l’offensive contre Gaza et aux bombardements de sa population, les appels au boycott des produits israéliens se multiplient, de la Scandinavie à l’Irlande. Les multinationales européennes qui comptent des filiales dans les colonies de Cisjordanie sont également visées. Souhaitant ne pas être associées aux violations des droits humains, certaines grandes marques ont déjà plié bagages. En France, ces appels au boycott sont encore embryonnaires.

En photo : L’essayiste canadienne Naomi Klein a lancé en janvier un appel au boycott économique d’Israël dans la presse nord-américaine et britannique - « Enough. It’s time for a boycott » - à l’image du boycott international qui a sanctionné le régime de l’apartheid en Afrique du Sud.


Jus de fruits Jaffa, légumes Carmel, biscuits apéritifs Beigel, avocats Kedem… Ces produits figurent sur une liste qui circule sur internet. Quel est leur point commun ? Leur code barre débute par 729, celui des produits Made in Israël. Depuis quelques semaines, les appels à boycott de ces produits se succèdent.

Les bombardements massifs de la bande de Gaza ont remis au premier plan ces « mesures punitives non-violentes » prônées depuis 2005 par 170 ONG palestiniennes dans le cadre de la campagne internationale « Boycott, désinvestissement, sanctions » (Bds) et inspirées par le boycott qui avaient sanctionné le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Ce mouvement a pour cible l’ensemble des institutions israéliennes qu’elles soient universitaires, culturelles, économiques ou politiques. « Depuis un mois et demi, nous sommes passés à une autre dimension, explique un militant de l’association France Palestine Solidarité (AFPS). L’attaque de Gaza et l’utilisation du phosphore blanc a énormément choqué les gens. Alors qu’auparavant un gros travail d’explication était nécessaire, les réticences vis-à-vis du boycott ont été balayées par l’absence totale d’éthique du gouvernement israélien. »

L’Union Européenne et Israël

Le 7 janvier 2009, le magazine américain The Nation publiait une chronique de Naomi Klein soutenant la campagne Bds. L’essayiste canadienne y déplore qu’« un nouvel accord avec l’Union européenne prévoit le doublement des exportations d’aliments israéliens. Et au mois de décembre, les ministres européens ont « renforcé » les accords avec l’UE et Israël ». L’appel est réitéré dans le quotidien britannique The Guardian du 10 janvier.

Le 31 janvier, un appel irlandais pour une justice en Palestine était lancé par trois cent signataires. Ils attendent de leur gouvernement « qu’il demande publiquement que l’accord Euro-Med qui permet à Israël d’avoir un accès privilégié au marché de l’Union européenne, soit suspendu tant qu’Israël ne respectera pas la loi internationale. » Le texte appelait en outre à un boycott des marchandises et des services israéliens par tous les citoyens irlandais.

En France, L’AFPS a imprimé des cartes postales destinées au Président de la république, à l’ambassadeur d’Israël et aux directeurs commerciaux des entreprises proposant régulièrement à la vente des produits en provenance d’Israël. Ces courriers dénoncent la violation de l’accord d’association signé en 2000 entre l’UE et Israël. « De nombreuses marchandises agricoles et industrielles déclarées israéliennes proviennent en fait des colonies dans les Territoires Palestiniens, en violation du Droit international ».

Les initiatives se multiplient. Par souci de clarté, certains souhaitent ne cibler que les trois marques les plus identifiables : Carmel, Jaffa et les médicaments génériques Teva. « On ne boycotte pas les produits casher, précise-t-on, car nous respectons les choix religieux. On ne demande pas aux gens d’être des martyrs mais de faire pression ». De même pour le boycott culturel qui ne demande pas d’arrêter de lire de la littérature ou de voir des films israéliens mais de s’inquiéter de leur conditions de production. « Nous boycottons les institutions, pas les gens. D’ailleurs il n’est pas étonnant de constater qu’un film comme Valse avec Bachir n’ait pas été financé par l’Etat israélien ». Le secteur de l’édition s’y met aussi. À Tel Aviv, la maison d’éditions Andalus, dirigée par Yael Lerer, est très impliquée dans le mouvement contre l’occupation israélienne et est la seule à publier en hébreu des livres de langue arabe.

En Israël, fruits et légumes s’entassent dans les hangars. Les cultivateurs de fruits ont constaté une diminution des commandes étrangères depuis le déclenchement des frappes sur la bande de Gaza. « Ce sont principalement la Suède, la Norvège et le Danemark, confiait Ila Eshel, le directeur de l’organisation des cultivateurs de fruits d’Israël. En Scandinavie, c’est une tendance générale et ça pourrait entraîner une réaction en chaîne, alors que le boycott était inexistant avant l’offensive de Gaza. »

Entreprises implantées dans les colonies

Les appels ne concernent pas seulement les produits israéliens mais aussi des multinationales implantées dans des colonies situées dans les territoires occupés. Déjà en octobre 2008, à la suite d’un rapport publié conjointement par les ONG Diakonia, SwedWatch et l’Église de Suède, l’entreprise suédoise Assa Abloy, spécialisée dans les systèmes de sécurité électromécaniques, a du déménager une de ses usines de production implantée dans une colonie de Cisjordanie.

Trois mois plus tôt, en août, l’entreprise Heineken relocalisait une de ses filiales de Cisjordanie à l’intérieur des frontières d’Israël. L’implantation de « Tempo Drinks » dans une colonie aurait produit, selon la direction d’Heineken, une image négative de l’entreprise, ce qui aurait eu un impact sur ses exportations. L’association pacifiste israélienne Gush Shalom qui prône un boycott national des produits fabriqués dans les colonies s’est félicitée de la décision du géant hollandais.

Une campagne au niveau européen pointe du doigt Veolia qui construit avec Alsthom un tramway reliant Jérusalem-Ouest à des colonies israéliennes de Cisjordanie. En Grande-Bretagne un certain nombre d’associations culturelles et religieuses ont changé de prestataire pour le ramassage de leurs ordures. En Suède, Véolia vient de perdre un appel d’offre d’un montant de 3,5 milliards d’euros concernant la gestion du métro de Stockholm. L’AFPS rassemble des informations sur la multinationale française. « Nous souhaitons monter la branche française de ce mouvement contre Veolia. Le syndicat des eaux d’Ile-de-France doit choisir son prestataire d’ici quelques mois, nous devons faire pression pour qu’il boycotte cette entreprise. »

Boycott de Durban 2

Au sortir des bombardements sur Gaza l’état d’esprit du gouvernement israélien est aussi au boycott. Mais pas tout à fait dans le même domaine. Tzipi Livni estime que la Conférence Mondiale contre le Racisme « Durban 2 » qui doit se tenir à Genève en avril prochain risque de devenir une plate-forme pour l’antisémitisme et a annoncé, comme les Etats-Unis et le Canada, qu’Israël va la boycotter.

Nadia Djabali

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