Création de valeur ?

Le bilan social de Michel Combes à Alcatel : 20 000 suppressions d’emplois

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Près de 20 000 suppressions de postes dans le monde, dont environ 2 300 en France. Soit un quart des effectifs évaporé en un peu plus de deux ans : tel est le bilan social de Michel Combes pendant ses 29 mois à la tête d’Alcatel. L’entreprise spécialisée dans les technologies de télécommunications comptait 72 344 salariés fin 2012, deux mois avant l’arrivée de Michel Combes [1]. En mars 2015, avant la vente d’Alcatel à Nokia et le départ de son PDG, le bilan social de l’entreprise recense 52 673 employés, dont un sur dix travaille en France.

De quoi alimenter la polémique sur les émoluments que pourrait percevoir, suite à son départ, l’ancien polytechnicien formé à France Télécom. Selon le Journal du Dimanche, ces gratifications comprennent une clause de non-concurrence comprenant une indemnité de 4,5 millions d’euros, des stock-options d’une valeur actuelle d’un million d’euros et deux millions d’actions – appelés « unités de performance » – d’une valeur avoisinant, selon nos propres calculs, les six millions d’euros au cours actuel d’Alcatel (2,9 € par action) [2]. Son chèque de départ, en partie virtuel car il dépend de la réussite de la fusion et du cours de l’action dans les années à venir, s’élève donc potentiellement à 11,5 millions d’euros.

Si l’on ajoute les rémunérations fixes et variables perçues par Michel Combes au cours de ses deux années d’exercice – un salaire de 1,5 million annuel en 2013 et de 2 millions en 2014 –, le grand patron aura potentiellement touché un total de 15 millions d’euros pour 29 mois de travail ! Soit 520 000 euros mensuel : l’équivalent de 355 Smic bruts. Sans oublier les 700 000 euros provisionnés par Alcatel pour sa retraite.

Création de valeur... pour les actionnaires

« Cela signifie que j’ai réussi à créer de la valeur et que l’entreprise est sauvée, alors que je l’ai rejoint en quasi faillite et que les candidats pour la diriger n’étaient pas nombreux. Je suis plutôt fier du travail accompli. J’ajoute que les actions sont volatiles. On ne pourra vraiment calculer la valeur que je touche qu’en 2018 », se défend Michel Combes, dans Les Echos. « Le conseil d’administration m’a, en plus, imposé une clause de non concurrence car il a jugé que, compte tenu de mon parcours, je pouvais être sollicité par toutes les entreprises du secteur pour venir, soit en manager, soit en administrateur, soit en conseil. » L’indemnité liée à cette clause n’existait apparemment pas le 20 mars 2015, lorsque le rapport annuel de l’entreprise a été remis à l’Autorité des marchés financiers. Celle-ci vient d’ailleurs de lancer une enquête pour examiner la régularité de ces primes de départ, dont la légalité de la clause de non concurrence [3].

Extrait du document de référence :

Sur le plan financier, le PDG a ramené le déficit de l’entreprise de 1,7 milliard de perte fin 2012 à 83 millions fin 2014. Ces meilleurs résultats comptables contribuent à multiplier par trois le cours en bourse. Celui-ci avoisinait un euro au moment de son arrivée. Michel Combes « a certes redressé le groupe mais cela s’est fait au prix d’un plan social d’une violence sans précédent », a réagi la CFE CGC.

A qui profite ce redressement ? Il est loin d’être certain que les emplois encore préservés ne soient pas menacés par la fusion à venir. Cette « création de valeur » a essentiellement bénéficié aux gros actionnaires d’Alcatel grâce à la remontée de la cotation en bourse avant son rachat par Nokia. Parmi eux, l’un des plus gros fonds de pension du monde, The Capital Group Companies, (10% des actions) a ainsi virtuellement gagné plus d’un demi-milliard d’euros. Le puissant fonds d’investissement états-unien Black Rock (5%), Amundi, la filiale commune au Crédit agricole et à la Société générale (3%), le gestionnaire français de patrimoine DNCA finance (3%) – donc leurs clients fortunés – ou… l’Etat, via la Caisse de dépôt et de consignation, ont également gonflé leurs portefeuilles d’actifs de plusieurs dizaines de millions. De quoi justifier le méga bonus de celui qui a su si bien servir leurs intérêts, avant de se mettre au service du propriétaire de SFR-Numéricable.

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