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Extrême-droite

Le Front national braconne sur le terrain de l’écologie pour appâter « les amoureux de la nature »

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Encore un faux-nez pour le FN : Marine Le Pen et Florian Philippot ont lancé ce 10 décembre un collectif baptisé « Nouvelle écologie ». Localement, cette association devra aider le FN à verdir son discours et tenter d’attirer vers l’extrême-droite des associations environnementalistes. Une sorte de « greenwashing » pour le FN alors que ses élus se distinguent régulièrement par leur hostilité aux politiques écologiques, en particulier sur le climat.

Après les enseignants, les étudiants et les jeunes actifs, le Front National investit un nouveau domaine, pour le moins inattendu : l’écologie. Un collectif dédié, baptisé « Nouvelle écologie », a été lancé mercredi, lors d’une présentation à Paris [1]. « Il ne faut pas créer un nouveau totalitarisme, il faut sortir de l’écologie punitive », clame, en guise de définition, le président du collectif, Philippe Murer, économiste un temps proche de Jacques Sapir et auteur d’un court essai sur la transition énergétique aux éditions Mille et Une Nuits.

Le secrétaire général, Eric Richermoz, étudiant de 22 ans en école de commerce à l’IESEG de Lille, précise qu’il défend une « écologie du pragmatisme et du bon sens » pour mettre « fin au monopole insolent d’EELV et de la gauche sur l’écologie ». La salle, largement remplie de sympathisants, applaudit chaudement. « Quand on est patriote, on est écologiste. Et inversement : quand on est mondialiste, on ne peut pas être écologiste », résume Marine Le Pen, montée à la tribune en conclusion de la présentation. Pour expliquer ce sophisme, la présidente du Front national invoque l’absence de « gouvernement mondial » à même de résoudre un problème global, laissant le champ libre « aux multinationales qui n’ont aucun intérêt pour l’écologie ».

Faux-nez du FN

Outre Marine Le Pen, acclamée à son arrivée, plusieurs figures du FN et du Rassemblement bleu marine (RBM) étaient présents, dont Florian Philippot, Jean-Yves Narquin et Bertrand Dutheil de la Rochère, l’un des artisans du collectif Racine qui cible l’éducation nationale. Le collectif devrait s’appuyer sur un conseil national, composé de huit personnes dont Philippe Murer et Eric Richermoz – ce dernier a refusé hier de nous communiquer la composition exacte du conseil. L’affiliation du collectif au RBM vise à élargir ses soutiens au-delà des encartés et des acquis à la cause frontiste, en « rassemblant tous les amoureux de la Nature » s’enthousiasme Eric Richermoz. Le nom du FN n’apparaît d’ailleurs nulle part dans les supports de communication de Nouvelle écologie…

Le collectif s’articulera ainsi autour d’antennes locales, qu’ils espèrent ouvrir dans toute la France en partenariat avec des associations. Trois pourraient voir le jour au premier semestre 2015 dans le Calvados, en Ariège et en Loire-Atlantique. Un élu FN au conseil municipal de Saint-Nazaire, Gauthier Bouchet (dont le père, Christian Bouchet, est passé par Troisième Voie et Unité radicale, et a été candidat du FN à Nantes), a déjà rejoint l’équipe, responsable du site Internet, des réseaux sociaux et de la rédaction de notes publiées en ligne. Il explique pourtant que la création d’une antenne en Loire-Atlantique « n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant, alors qu’on entre dans une période électorale [les élections départementales auront lieu en mars]  ».

Climatosceptique

A l’instar des autres collectifs « socio-professionnels » du FN, Nouvelle écologie a vocation à faire le lien avec la société civile, mais aussi à enrichir la production du parti sur certaines thématiques en prévision de l’élection présidentielle. Mercredi, le discours sur l’écologie du FN se limitait à des formules de rejet. Marine Le Pen a qualifié Europe-Écologie Les Verts « d’imposture », les accusant d’avoir fait « rapetisser » l’écologie. Philippe Murer leur a reproché d’entretenir « un projet idéologique sans réflexion sur la faisabilité ». Lors du Congrès national du FN, fin novembre à Lyon, Eric Richermoz avait dénoncé un PS « soumis aux lobbies tantôt bobo, tantôt patronaux ». Quant à l’UMP, elle est taxée d’utiliser l’écologie pour faire « de la comm’ ». Philippe Murer en veut pour preuve les revirements de Nicolas Sarkozy sur l’exploitation des gaz de schiste (défavorable lorsqu’il était à l’Élysée, il s’y est dit favorable pendant la campagne pour la présidence de l’UMP). C’est vite oublier les revirements permanents du FN et de Marine Le Pen sur le sujet (lire notre article « Municipales : le visage anti-social et anti-écolo du Front National »).

Le collectif entend s’attaquer à la question de la transition énergétique, de l’obsolescence programmée, de la pollution… Mais aucun sujet concret n’a été abordé en profondeur mercredi. Le dossier de presse de Nouvelle écologie évite soigneusement d’aborder la question du climat, alors que nombre d’élus frontistes sont sensibles au discours « climatosceptique » qui nie la réalité du réchauffement climatique. Les élus régionaux du FN s’opposent aussi très régulièrement aux politiques favorisant les transports en commun ou préservant la forêt. Une écologie « de bon sens » sans doute.

Philippe Murer a lui évoqué le pic pétrolier, l’existence de solutions rendues possibles par le progrès technologique, affirmant la foi du collectif en « une écologie politique productive et réaliste » et l’obligation de quitter l’euro pour réaliser les investissements nécessaires. Marine Le Pen s’est dite opposée à la ferme des milles vaches, qui correspond à « un modèle importé », contre la pollution visuelle des panneaux publicitaires à l’entrée des villes ou pour le bien-être animal, visant en creux l’abattage rituel et le halal. Localement, les associations écologistes se laisseront-elles mystifier ?

Pierre Alonso

Photo : Convention du FN en 2007 / CC staffpresi_esj

- Sur le même sujet : Municipales : le visage anti-social et anti-écolo du Front national

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