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Elections

Anti-migrants, contre les droits des femmes, anti-écolo : le nouveau parti allemand qui monte est bien d’extrême droite

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Le parti d’extrême droite allemand AfD vient de réaliser une percée lors de trois scrutins régionaux en Allemagne. Et a même recueilli un quart des suffrages exprimés dans une région de l’Est. Créé sur une base anti-euro, ce parti affiche désormais ouvertement ses positions xénophobes, nationalistes, contre les droits des femmes et des homosexuels. Tout en se prétendant favorable à la démocratie directe, cette nouvelle extrême droite ambitionne de mettre les artistes aux ordres, de créer des milices locales et refuse toute transition écologique.

Les Allemands votaient dans trois États allemands dimanche 13 mars : en Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat, à l’Ouest, et en Saxe-Anhalt, à l’Est. Ces élections régionales sont marquées par la percée du nouveau parti d’extrême droite AfD (Alternative für Deutschland, Alternative pour l’Allemagne). Il arrive en troisième position dans les Länder de l’Ouest, avec 15 % des voix en Bade et plus de 12 % en Rhénanie-Palatinat, et en deuxième place en Saxe-Anhalt, avec 24 % des voix. Un score inédit en Allemagne depuis un demi-siècle.

Des députés d’extrême droite entrent donc au sein de ces trois parlements respectifs, en nombre suffisant pour influencer la politique régionale. En Bade, ce sont les Verts, arrivés premier avec 30 % des voix, qui gardent la tête du Land qu’ils gouvernent déjà depuis cinq ans. Les écologistes pourraient s’allier avec le parti conservateur d’Angela Merkel, la CDU, arrivée deuxième. En Rhénanie-Palatinat, les sociaux-démocrates vont là aussi garder les rênes de la région, mais devront constituer une coalition, probablement avec les Verts et les libéraux. En Saxe-Anhalt, la CDU, en tête, devra également ébaucher une coalition avec le SPD et les Verts pour gouverner.

Un parti qui veut que la police tire sur les migrants

L’AfD avait déjà fait son entrée au Parlement européen en 2014, avec deux députés, ainsi que dans quatre parlements régionaux. Aux législatives de l’automne 2013, le parti avait raté de peu le seuil des 5 % pour entrer au Bundestag. L’AfD venait alors tout juste d’être créée, sur une base anti-euro. Depuis, c’est sur ses positions anti-migrants, xénophobes et de défense d’une conception patriarcale et sexiste de la famille que l’AfD fait campagne. L’aile libérale du parti a cédé la place aux plus conservateurs. Depuis l’été, ce n’est plus contre la politique européenne de Merkel que l’AfD se positionne, mais contre la politique d’accueil des réfugiés de la chancelière. Dans un document publié en septembre 2015, l’AfD a ainsi éclairci ses revendications sur la crise migratoire : fermeture immédiate des frontières et suppression du droit de demander l’asile directement sur le territoire allemand.

Les déclarations des responsables de l’AfD vont régulièrement plus loin dans la xénophobie. En février, la porte-parole du parti, Frauke Petry et la députée européenne Beatrix von Storch, sont allées jusqu’à réclamer que la police tire sur les réfugiés qui essaieraient d’entrer en Allemagne. Et même sur les enfants, avait ajouté la députée européenne, avant d’admettre que ses propos étaient malencontreux [1].

Valeurs prussiennes et milices locales

L’opposition à l’« immigration de masse » était aussi au cœur de ses campagnes régionales. Les programmes du parti dans les différentes régions sont clairement nationalistes, autoritaires, anti-migrants, anti-égalité, et masculiniste [2]. Le programme de l’AfD en Saxe-Anhalt prône ainsi un « patriotisme sain ». Prendre « soin de notre identité régionale et nationale » signifierait ainsi « stopper immédiatement l’immigration de masse incontrôlée ». Le parti y réclame aussi que l’école – compétence des États-Régions en Allemagne – transmette les « valeurs prussiennes classiques de la droiture, du sens de la justice, l’honnêteté, la discipline, la ponctualité, le sens de l’ordre, l’assiduité et le sens du devoir ». « Notre identité s’est développée au fil des siècles à partir de la tradition de l’occident chrétien », écrit aussi la section de Saxe-Anhalt dans le chapitre de son programme consacré à l’immigration. L’expression entre évidemment en résonance avec le mouvement xénophobe Pegida, actif dans l’Est de l’Allemagne depuis plus d’un an et qui se dit contre « l’islamisation de l’Occident ».

L’AfD se pose comment ardent défenseur de la démocratie, en particulier de la démocratie directe, sous la forme de référendums populaires. En même temps, il veut pouvoir contraindre les institutions culturelles à davantage de nationalisme : « Les musées, les orchestres et les théâtres ont le devoir de promouvoir une image positive de la patrie. Les théâtres de Saxe-Anhalt doivent toujours jouer des classiques allemands à côté des œuvres internationales et les mettre en scène de telle manière à ce qu’elles incitent à une identification avec notre pays. » Au revoir l’indépendance des artistes. L’AfD se prononce aussi pour la création de « milices citoyennes » locales qui viendrait supplanter la police dans la lutte contre la criminalité.

« Renforcer la valeur du couple marié et de la famille »

À côté de l’immigration et de l’« identité nationale », l’autre grande obsession de l’AfD est la différence sexuelle et la défense de la famille dans sa forme la plus traditionnelle : père, mère, mariage, enfants, sans divorce, sans couple homo, sans droit à l’avortement. « L’AfD de Rhénanie-Palatinat revendique le modèle de famille qui se compose du père, de la mère et des enfants », peut-on lire dans le programme du parti pour cette région. « D’autres formes de cohabitation humaine, qui n’apportent pas de contribution reproductive à notre pays, méritent le respect et la tolérance, mais pas d’aide de l’État. Nous refusons donc une égalité des couples homo avec les couples mariés. »

Dans la droite ligne des positions de la « manif pour tous » française, l’AfD répète à l’envi dans tous ses programmes son opposition au concept du « genre » qui remettrait en question la différence sexuelle biologique. Le parti en Saxe-Anhalt réclame la suppression des cursus d’études sur le genre dans les universités : « Le "genre" n’est pas une discipline des sciences humaines », ordonne-t-il. L’AfD de Bade-Wurtemberg propose de son côté de couper tous les crédits de recherche aux études sur le genre : « Les chaires universitaires devraient aider à renforcer la valeur du couple marié et de la famille et pas le contraire comme dans le cas des études de genre ».

Le parti a aussi fait campagne contre les politiques d’égalité femmes-hommes. Il trouve la proportion des divorces « inacceptable », s’oppose au droit à l’avortement, et dit vouloir lutter contre les discriminations, mais contre celles faites, selon lui, aux garçons, qui seraient désavantagés à l’école. « Les familles du futur ont besoin d’hommes forts », juge l’AfD de Bade.

Contre le Tafta, pour le zéro dette, contre les éoliennes, pour le charbon

Côté écologie, l’AfD veut en finir avec la politique de soutien aux énergies renouvelables. Il se prononce aussi contre la réduction des émissions de CO2 – donc en faveur du réchauffement climatique... –, veut rallonger la durée de vie des centrales nucléaires, poursuivre l’exploitation du charbon, et freiner la construction d’éoliennes, qui gâchent les beaux paysages.

La question économique est finalement peu présente dans les programmes d’un parti qui est pourtant né sur la volonté de sortie de l’euro. L’AfD se dit favorable à la politique du zéro déficit et de lutte contre la dette publique, se positionne contre le traité de libre-échange Tafta (entre l’Europe et les États-Unis), mais pour le libre-échange, veut en général moins d’impôts, et limiter le recours à l’intérim. Ce que l’AfD souligne en revanche partout, c’est son opposition aux sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Encore un point commun avec le Front national.

Rachel Knaebel

Photo : manifestation du mouvement xénophobe et anti-musulman Pegida à Düsseldorf en décembre 2014 / CC Bündnis 90/Die Grünen Nordrhein-Westfalen

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