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L’organisation de l’État islamique, de l’autre côté du miroir

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L’extension de l’organisation de l’État islamique a provoqué la création d’une coalition hétéroclite de forces qui prétendent vouloir lutter contre elle. En réalité, de l’Iran à l’Arabie saoudite, des États-Unis au régime irakien, chacun défend ses propres intérêts et contribue ainsi à renforcer le « califat ». « Avec des ennemis comme eux, l’OEI n’a pas besoin d’amis », analysent Peter Harling et Sarah Birke, dans une longue réflexion sur les évolutions de la région dont nous publierons demain la seconde partie.

L’une des particularités de l’organisation qui se fait appeler « État islamique » est son investissement dans le fantasmagorique. Elle a compris d’emblée tout l’intérêt de placer son combat sur le terrain de l’imaginaire, comme meilleur moyen de pallier ses limites dans le monde réel. Même si elle subit des revers sur le champ de bataille, elle fait des incursions dans la psyché collective, et sa brutalité et son goût pour le spectacle gore décuplent sa capacité de persuasion. Peut-être plus que simplement l’incarnation du mal, l’OEI est diabolique : comme le Satan des Écritures, cette créature à l’allure déconcertante qui nous incite finalement à croire que nous sommes dans le droit chemin quand en réalité nous sommes en train de nous détruire.

Cela peut expliquer en partie pourquoi elle commet des crimes qui ne sont pas seulement horribles, mais en outre mis en scène de manière spectaculaire, comme l’immolation du pilote jordanien Moaz Al-Kassasbeh ou la décapitation de vingt-et-un coptes égyptiens sur une plage libyenne. Elle est au maximum de sa dangerosité quand elle interagit avec la psyché, les fantasmes, les frustrations et les peurs, depuis les convertis qu’elle attire jusqu’aux politiques et aux experts.

La sémantique déployée en réponse est éloquente : chacun projette ses propres traumatismes et angoisses. Dans les pays occidentaux, la menace que représente l’OEI a été assimilée à tout et n’importe quoi, d’Auschwitz au génocide rwandais ou au siège de Sarajevo, même si aucun de ces précédents n’a grand-chose à voir avec le phénomène en question. Parmi les musulmans, les comparaisons ont tendance à pointer vers les anciens traumatismes de l’islam. Les sunnites se réfèrent aux khawarij, les premiers radicaux de l’islam, tandis que les chiites établissent un parallèle avec les Omeyyades, la dynastie sunnite à laquelle s’opposaient les partisans d’Ali. Ces conceptions teintées de confessionnalisme entrent en compétition avec l’image que l’OEI se fait d’elle-même comme étant l’incarnation de la camaraderie pieuse, courageuse, impitoyable et égalitaire — une image utopique de l’islam conquérant et unitaire des débuts qu’elle cultive avec soin (et qui fonctionne d’autant mieux que son audience est moins versée dans la culture islamique).

Le temps de l’inconnu

C’est un signe des temps, bien au-delà du Proche-Orient. Nous sortons d’un monde relativement bien défini et intelligible et nous nous trouvons dans un temps de bouleversement chaotique et de réinvention. Par peur de l’inconnu et par nécessité de mettre un nom sur ce qui est en train de se passer, nous utilisons des parallèles et des références historiques erronés.

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