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Austérité

L’Allemagne compte dix fois plus de nouveaux pauvres que la France

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La Commission s’était engagée à faire sortir de la pauvreté 20 millions d’Européens d’ici 2020. Tel était l’une des ambitions sociales de sa stratégie « pour une croissance intelligente, durable et inclusive » définie en 2010. Concrètement, le nombre de personnes pauvres ou en situation d’exclusion sociale devait passer sous la barre des 100 millions en 2020. Cinq ans plus tard, à mi-parcours, on en est très loin ! Plus de 120 millions de personnes sont toujours considérées comme pauvres au sein des 28 États membres. Ce tableau de la pauvreté révèle quelques surprises [1].

« Étonnamment, l’incapacité de l’UE à respecter l’objectif fixé par l’initiative Europe 2020 sera principalement le fait des pays de l’UE-15, soit pour l’essentiel des pays dit « avancés » au regard de leur développement économique », pointe Sandrine Levasseur, économiste de l’OFCE (lire son analyse). Si la pauvreté recule en Europe de l’Est, principalement en Pologne, elle grimpe à l’Ouest. C’est là que se trouvent les nouveaux pauvres : 8,5 millions de personnes supplémentaires ont sombré dans la précarité, d’abord en Grèce, mais surtout en Italie, en Espagne et… en Allemagne, où, depuis 2005, le nombre de personnes devenues pauvres est dix fois plus importants qu’en France !

Qui est pauvre en Europe ?

Qui est « pauvre » au sens de l’Union européenne ? Il y a d’abord les ménages sous « le seuil de risque de pauvreté », fixé à 60% du revenu médian. En France, une personne gagnant moins de 12 569 euros par an – 1047 euros par mois – sera considérée comme menacée de pauvreté. À l’autre extrémité de l’Europe, un Roumain gagnant moins de 1242 euros par an – 103 euros par mois – entrera dans cette catégorie. C’est dire l’ampleur des disparités qui séparent encore les nouveaux États adhérents des pays fondateurs de l’Union.

Il y a ensuite les personnes « en privation matérielle sévère », celles « dont les conditions de vie sont contraintes par un manque de ressources et font face à au moins quatre privations matérielles », explique Sandrine Levasseur. Ces privations vont de l’incapacité à payer son loyer, ses factures d’eau ou d’énergie, à l’impossibilité de manger chaque jour des protéines en quantité suffisante, de s’offrir une semaine de vacances hors de son domicile, d’acquérir une voiture ou un téléphone. Enfin, sont aussi comptées les personnes au chômage ou ne travaillant que très partiellement (un cinquième de temps plein). Un Européen sur quatre entre dans au moins une de ces trois catégories. Comme il y a cinq ans.

Italie, Espagne et Allemagne, champions en nombre de nouveaux pauvres

Pourquoi un tel échec ? Un taux de croissance correct – 3,2% entre 2004 et 2013 – favorise encore un relatif progrès social en Europe de l’Est. Cette croissance s’est effondrée en Europe de l’Ouest. Surtout, les « consolidations budgétaires » – comprenez les politiques de rigueur ou d’austérité – ont affaibli les mécanismes de redistribution des richesses et accru les inégalités. Si la Bulgarie et la Roumanie sont les pays qui comptent proportionnellement le plus de pauvres, la Grèce, symbole de la brutalité de ces « consolidations budgétaires », figure désormais en 3ème position, avec plus de 35% de sa population en situation de pauvreté (contre 20% en Allemagne et 17% en France).

C’est en Italie, en Espagne, en Allemagne et au Royaume-Uni que la pauvreté a le plus augmenté entre 2005 et 2013. 2,7 millions d’Italiens sont ainsi passés sous le « seuil à risque ». Plus d’un million d’Allemands et de Britanniques. Dix fois plus qu’en France, où 102 000 personnes sont devenues pauvres en huit ans. L’austérité budgétaire imposée par Angela Merkel, au pouvoir depuis 2005, ne fait pas des malheureux que dans le Sud de l’Europe. En Allemagne, les femmes sont particulièrement touchées par la précarité suite aux réformes « assouplissant » le marché du travail au nom de la compétitivité (lire notre article). Seules la Belgique, la Finlande et les Pays-Bas sont arrivés, à l’Ouest, à faire reculer la pauvreté. Pour l’instant.

- Lire aussi : Pauvreté et exclusion sociale en Europe : où en est-on ?, sur le site de l’OFCE

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