Agriculture

Pesticides : écologistes et industriels se livrent une bataille par smartphones interposés

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Greenpeace se prépare à lancer une application pour permettre aux consommateurs de détecter les marques qui recourent aux pesticides et celles qui tentent, au contraire, de les exclure de leurs produits. Existant déjà sous forme de site, « le guetteur » viendra s’ajouter aux applis existantes pour aider les consommateurs à faire des emplettes un minimum responsables. A l’autre bout de la chaîne, dans les champs, les firmes Monsanto ou Bayer proposent eux aussi leurs applications. Destinées aux agriculteurs, ces applis leur disent quand épandre leurs pesticides et quels produits chimiques choisir.

Du haut de ses trois mois, le Guetteur veille. Céréales, fruits, légumes, viandes, lait… rien ne lui échappe. Tout est passé au crible. Depuis la mi-février, la branche agriculture de Greenpeace a lancé ce site internet. Son but : définir si les produits que nous trouvons dans les allées des supermarchés ont été traités avec des pesticides, s’ils contiennent des OGM et si leur production a eu un impact sur les populations d’abeilles. « Plutôt que de s’en prendre à ces grands groupes frontalement, nous avons décidé d’aborder le problème par l’autre bout de la chaîne. En interpellant les entreprises agroalimentaires, nous espérons faire pression sur eux pour qu’ils cessent d’utiliser des aliments produits à coups de pesticides et d’engrais chimiques », explique Isabelle Philippe, en charge de la communication au sein de l’ONG.

Depuis février, l’association a déjà interpellé 150 marques, soit 300 produits de grande consommation. Et grâce à l’aide de près de 20 000 internautes. Tous ont relayé les questions de Greenpeace auprès des marques sur leurs modes de production, devenant eux-mêmes des guetteurs. Pour cela, rien de plus simple d’après les créateurs du concept. « C’est un système automatisé. Il suffit de signer la pétition en ligne et notre logiciel envoie en votre nom notre lettre type au services consommations ou aux responsables services qualité », détaille Isabelle Philippe.

Ces marques qui « font fausse route »

Les produits sont classés en six catégories : du vert pour les bons élèves – seulement 8, essentiellement des marques bio comme Ethiquable ou Vrai – au rouge pour ceux qui « font fausse route ». Les marques qui ont refusé de répondre au questionnaire sont étiquetées en noir. C’est le cas pour un peu plus de 50 % d’entre elles, à l’image d’Andros (marque Bonne Maman ou Mamie Nova) ou de Nutella, critiquées pour « leur manque de transparence ». Depuis, certaines sont revenus sur leur décision et ont transmis quelques informations à l’ONG. C’est le cas de Danone, mais également de son ancienne marque LU (Kraft Foods). Et suite aux interpellations des guetteurs, plusieurs entreprises ont décidé d’engager une démarche de progrès comme le groupe Carrefour, demandant conseils à l’association pour améliorer leurs résultats. Reste à vérifier si ces bonnes intentions seront suivies d’effets.

Greenpeace ne souhaite pas en rester là et projette de proposer une application mobile pour que ces données soient accessibles depuis un Smartphone ou une tablette. L’ONG a donc lancé une souscription sur son site pour collecter des fonds dans ce but. Elle espère atteindre 50 000 €, le montant nécessaire pour assurer le développement de ce nouvel outil. Pour le moment, un peu plus d’un tiers de la somme global a été réuni, soit environ 19 000 € provenant exclusivement de dons de particuliers.

Le projet, comme le présente Isabelle Philippe, vise un public large, au-delà des adhérents de Greenpeace France. « Notre but est de créer un outil gratuit, accessible pour tous et qui soit utile au quotidien. » Une fonctionnalité permettra de scanner le code barre de son paquet de céréales ou de sa barquette de viande et d’accéder aux infos les concernant depuis l’endroit où chacun fait ses emplettes. A l’image de l’application Noteo, lancée fin 2012. Pour 60 000 produits dont le code barre a été scanné, elle donne une note sur 10 dans quatre critères : santé (pour le consommateur), environnement (impacts), social (respect des droits des travailleurs) et budget (prix du produit) [1].

Désherber avec son smartphone

Mais il reste encore bien du chemin à parcourir avant que les indicateurs sur les marques ne passent tous au vert. Car la France est, de loin, le premier utilisateur de pesticides en Europe [2]. Et l’industrie chimique propose elle aussi ses applications aux agriculteurs. Des applications « pro-pesticides » cette fois. Les multinationales comme Monsanto ou Bayer offrent des outils et services accessibles du bout du doigt, au milieu de son champs. Inventaires illustrés des mauvaises herbes, descriptifs des maladies pour mieux les reconnaître, carte d’identité des pucerons et autres nuisibles, assortis de prévisions météo… Les fabricants rivalisent d’idées pour aider les agriculteurs à déterminer quel pesticide, fongicide ou engrais chimique répondra le mieux à leur problème.

La firme allemande Bayer a mis au point une application qui permet de reconnaître tout type de plantes en utilisant des schémas et les caractéristiques propre à chaque végétal. Leur site internet, également accessible sur tablettes et mobiles, apporte le complément d’information nécessaire pour, finalement, renvoyer vers le catalogue des semences et produits de la société. Même initiative du côté de Monsanto. Depuis 2013, sa filière Deklab propose une application pour aider les maïsiculteurs à préparer leurs cultures. Grâce à un réseau de partenaires et stations météorologiques, l’outil renseigne en permanence les agriculteurs sur la température des sols, leur teneur en eau, les conditions climatiques et indique « la variété adaptée au secteur géographique et aux contraintes et type de récolte. » parmi les semences brevetées par Monsanto.

Ces fonctionnalités sur téléphone séduisent de plus en plus les agriculteurs. D’après une étude réalisée par la société BVA pour le magazine Terre-net en avril 2013 [3], 22 % des agriculteurs se connectaient régulièrement sur le net via leur mobile et 5 % utilisaient une tablette. Les applications mobiles seraient-elles le nouveau champ de bataille entre les géants de l’industrie phytosanitaire et les associations écologistes ?

Morgane Thimel

Photo de une : CC CGP Grey

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