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Elections

Podemos, le parti des Indignés, première force politique en Espagne ?

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Séisme politique ? Pour la première fois en Espagne, un sondage met en tête le nouveau parti Podemos (« Nous pouvons ») issu du mouvement des Indignés. A un an des législatives, le parti est crédité de 27,7 % des intentions de vote, selon un sondage publié par El Pais le 2 novembre [1]. Soit 17 points de plus qu’en septembre ! Cet engouement se fait au détriment des partis traditionnels, qui dirigent le pays depuis la transition démocratique de 1978 : le Parti socialiste (PSOE) perd 4,7 points en un mois, et le Parti populaire (PP), actuellement au pouvoir, perd près de 10 points, chutant à 20% d’intention de vote, alors qu’il était en tête avec 44% des voix aux dernières élections législatives de 2011.

Podemos, né il y a moins d’un an, a fait une entrée remarquée dans l’échiquier politique lors des élections européennes en mai dernier, avec près de 8 % de voix (1,2 million de suffrages). Ses cinq députés européens ont rejoint le groupe de la Gauche Unie européenne. Difficile de dire si cet engouement va durer. Pour El Pais, ce sondage, réalisé la semaine où de nouveaux scandales de corruption concernant le Parti Populaire ont été révélés, montre surtout le ras-le-bol citoyen face à ces dérives. Une situation inacceptable alors que le chômage est toujours de 24 %, et que le PIB est toujours en recul de 9 % par rapport à son niveau de 2008 [2]. Le leader de Podemos, Pablo Iglesias, 36 ans, est le seul dirigeant politique à être noté positivement par l’opinion publique.

D’où vient cette spectaculaire ascension ?

Le programme anti-austérité fédère. A ses débuts, Podemos se présente comme un « mouvement d’unité populaire et citoyenne », réunissant des personnes d’opinions différentes mais s’accordant sur l’essentiel : « Récupérer la souveraineté populaire et le processus démocratique, ne pas payer la dette et stopper les coupes imposées par des pouvoirs non-­élus ». Pablo Iglesias dénonce en bloc « les expulsions immobilières scélérates par les banques » et « un marché du travail ultra-libéral qui précarise et oblige la jeunesse à quitter le pays ». Si les luttes issues du mouvement 15-­M, le mouvement des Indignés, ont permis de créer des initiatives intéressantes, comme la Plateforme anti-expulsions (lire notre article), Podemos se propose d’aller plus loin : « Entrer dans les institutions pour les contester et les remettre à leur véritable propriétaire : le peuple ». Au programme : audit de la dette publique, redistribution des richesses, lutte sans concession contre l’évasion fiscale, fin du cumul des mandats, un système financier mis au service de l’économie réelle...

Mais ce qui séduit, c’est aussi l’organisation atypique, participative, de Podemos. Sa structure de base : un millier de « cercles », des groupes territoriaux, à l’échelle d’une ville ou d’un quartier, ou thématiques, sur l’écologie, le chômage, la dette, la science... Un héritage du mouvement 15-M et de l’occupation de la place de la Puerta del Sol à Madrid. Ici, on discute, on débat, en cherchant le consensus jusqu’à épuisement de l’ordre du jour. Les militants apportent propositions et amendements. A partir de cette matière, une assemblée constituante tranchera sur les statuts et le fonctionnement interne du parti dans quelques mois.

« L’establishment sait qu’on peut les détrôner »

« Les premiers Indignés paraissaient bien gentils, explique Iñigo Irrijon, universitaire, un des leaders de Podemos. Mais, aujourd’hui, c’est différent, notre mouvement est pris au sérieux, l’establishment sait qu’on peut les détrôner et nous craint. Nous sommes comme un magma de braises sous un volcan. » « Ils ont brisé l’invisibilité des mouvements sociaux, décrit le politologue Josep Ramoneda. En s’organisant, Podemos a mis fin au mythe des majorités silencieuses qui arrange tant le pouvoir en place. » Ailleurs aussi, cette vague semble prendre de la force, comme en Irlande, où le parti de gauche Sinn Fein représente selon les sondages un quart de l’électorat. Ou en Grèce, avec le parti de gauche Syriza, en tête avec près de 30 % des intentions de vote.

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