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Élections régionales

En PACA, l’union des écologistes et de la gauche radicale s’ouvre à la société civile

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Dans une région qui risque de basculer très à droite, Europe écologie-Les verts et l’ensemble du Front de gauche ont annoncé la constitution de listes communes pour les élections régionales de décembre. Leur liste, baptisée « Région coopérative », sera ouverte aux citoyens, qui seront également sollicités pour contribuer au programme écologiste et social. Avec l’espoir de retisser le lien perdu entre politiques et électeurs de plus en plus tentés par l’abstention. Cette alliance « rouge et verte » a-t-elle une chance de créer la surprise ?

Les premières élections régionales depuis le redécoupage des régions auront lieu les 6 et 13 décembre. A gauche, en prévision du scrutin, les lignes sont en train de bouger. Dans certaines régions, Europe-Écologie-Les-Verts (EELV) et le Front de gauche (FG) tentent de se rapprocher. Cette alliance « rouge et verte », à l’écart du PS, avait donné de bons résultats aux élections municipales et départementales, remportant notamment la mairie de Grenoble. Elle suscite depuis attentes et espoirs parmi les citoyens désireux de voir la gauche et ses idéaux reprendre des couleurs.

Dans la nouvelle région Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon, cette alliance est d’ores et déjà acquise. Depuis le 29 septembre, c’est aussi le cas en région PACA. Une liste d’union y sera conduite par un binôme composé de la conseillère sortante Sophie Camard, issue d’EELV, et de l’actuel vice-président FG du Conseil régional, le communiste Jean-Marc Coppola. La composition définitive des listes doit être déposée en préfecture au plus tard le 9 novembre.

Une liste qui se veut « anti-déprime »

En attendant, les deux colistiers affichent leur satisfaction d’avoir trouvé un terrain d’entente. La liste baptisée « Région coopérative, sociale, écologique et citoyenne » se veut « anti-déprime », plaisantent-ils à moitié. « On partage un même diagnostic, détaille Sophie Camard, interrogée par Basta !. Il existe une rupture entre les citoyens et la politique telle qu’elle se fait aujourd’hui. Par ailleurs, le climat est défaitiste, la gauche part battue d’avance. On parle de la guerre, des événements en Grèce, de la crise des migrants, des dramatiques intempéries en Côte d’Azur. Alors, soit on se contente de limiter la casse, soit on cherche des solutions pour déclencher un réveil citoyen. Nous avons choisi la deuxième option. »

Pour quelles chances de succès ? PACA est considérée comme l’une des deux régions, avec le Nord-Pas-de-Calais Picardie, susceptibles d’être gagnées par le FN. Un sondage publié début juillet, à prendre avec les précautions d’usage, prévoit un scrutin très serré [1]. Les listes Républicains-UDI, le FN, et la gauche, y sont données au coude à coude au second tour, avec 35 % pour le maire de Nice Christian Estrosi, 33 % pour Marion Maréchal-Le Pen, et 32 % pour le bloc fictif PS-EELV-FG, soit des écarts inférieurs à la marge d’erreur de l’étude. Au premier tour, la liste PS-PRG de Christophe Castaner était donnée à 17 %, EELV et le FG à 7 % chacun, soit un cumul potentiel de 14 % des votes pour la gauche du PS (en 2010, EELV et le PCF avaient respectivement recueilli 11 % et 6 % des suffrages).

« Redonner espoir et énergie, notamment chez les abstentionnistes »

« Notre expérience aux départementales, où nous sommes partis groupés sur quatre ou cinq cantons, montre que le résultat est alors supérieur à la simple addition de notre potentiel de vote séparé, explique Rémy Jean, porte-parole en PACA du mouvement Ensemble !, l’une des trois composantes du Front de gauche. On pense que c’est jouable de passer devant le PS au premier tour. On sent du désarroi et de la panique de leur côté. Leur campagne est très laborieuse. Dans cette hypothèse, on emmènerait la gauche au second tour. On pourrait créer une dynamique, redonner espoir et énergie, notamment chez les abstentionnistes. On aurait une vraie chance de l’emporter. »

Si, au contraire, la liste Région-coopérative termine derrière le PS, une fusion des deux listes est-elle envisageable au second tour ? Pour l’instant, la question est prudemment évitée. On imagine mal les camarades de Jean-Luc Mélenchon se ranger derrière le candidat socialiste Christophe Castaner, l’un des rapporteurs de la loi Macron. Du côté d’EELV et du PC, qui siégeaient déjà aux côtés du PS dans la majorité régionale sortante, la question est moins tabou. « Souvent, les positions évoluent au cours de la campagne », glisse Hélène Le Cacheux, conseillère nationale du Parti de gauche (PG) et candidate dans les Bouches-du-Rhône.

Convergence des luttes sociales et environnementales

Avant d’envisager les scénarios du second tour, le FG et EELV ont dû bâtir une convergence qui n’allait pas de soi. Mais en PACA, la configuration s’est révélée plutôt favorable. Une question sensible touchait à la désignation de la tête de liste régionale, pour laquelle écologistes et communistes, les deux poids lourds de la liste, avaient chacun leur candidat. Un compromis a finalement été trouvé avec le binôme associant Sophie Camard et Jean-Marc Coppola. Ce fonctionnement à parité, doublé d’une ouverture à 25 % de candidats issus de la « société civile », doit maintenant servir de modèle pour la constitution des six listes départementales.

Côté programme, l’opposition commune aux politiques d’austérité constitue le socle de cette union. « Nous sommes d’accord sur l’essentiel, déclarait Sophie Camard à L’Humanité le 30 septembre. Combattre les politiques d’austérité, créer des emplois durables et de nouveaux modèles économiques plus écologiques, plus sobres, plus solidaires, lutter contre les dérèglements climatiques, promouvoir le bien-vivre et nos biens communs (...). » Il s’agit, résume Jean-Marc Coppola, « de lier batailles sociales et environnementales, ce qui signifie notamment de nouveaux modes de production dans les entreprises, avec des aides publiques conditionnées à des critères économiques et sociaux. » Un programme détaillé doit bientôt voir le jour.

« Reconnecter les politiques régionales aux citoyens » ?

Les candidats annoncent vouloir engager une transformation du Conseil régional en « Région-coopérative ». Selon Sophie Camard, l’objectif serait de « reconnecter les politiques régionales aux citoyens ». Pendant la campagne, ces derniers pourront s’enregistrer comme « citoyen-coopérateur » pour se porter candidat sur le quota des 25 % de non-encartés, déposer des contributions sur le site web, ou participer comme porte-parole. Questionnés sur l’accès des populations non – ou mal – connectées, les candidats répondent par leur volonté l’organiser des « forums ouverts » sur l’ensemble de la région.

Par le passé, le PCF [2], comme EELV, ont déjà mené des tentatives d’ouverture. Cette fois, Sophie Camard assure vouloir inscrire l’initiative dans la durée, et s’appuyer sur la dynamique espérée pour impliquer les citoyens dans la définition des politiques régionales. La candidate entend s’inspirer des pratiques de l’économie collaborative, de ses « modèles horizontaux où la frontière producteur-consommateur s’efface ». Elle souhaite développer les plate-formes de covoiturage local, optimiser l’intermodalité dans les transports, le tout à partir de propositions des « citoyens-coopérateurs ».

Unions et désunions dans les autres régions

Cette intention de démocratie directe sera-t-elle à même de mobiliser des catégories populaires qui s’éloignent toujours plus du jeu politique ? « Les expériences de démocratie participative se heurtent systématiquement aux mêmes contraintes sociologiques, nuance le politologue Joël Gombin, chercheur à l’université de Picardie. À ce jour, personne n’a trouvé de solution réelle à ce problème. Il faudra quand même voir à l’usage. Si EELV et le Front de gauche parviennent à rapprocher du politique des citoyens des classes moyennes qui s’en étaient éloignés, alors qu’ils sont aujourd’hui le cœur de leur électorat, ce serait déjà, de leur point de vue, une réussite. »

Une chose est sûre : dans une gauche profondément ébranlée par le brutal virage à droite du gouvernement, les régions dans lesquelles des listes « rouge et verte » auront été constituées mériteront une attention particulière. Non seulement quant à leurs résultats immédiats, mais aussi au regard des dynamiques qu’elles pourraient générer dans leur sillage. En Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon, le FG partira rassemblé aux côtés d’EELV. Face à Marine Le Pen, en région Nord-Pas-de-Calais Picardie, le PG et Ensemble ! seront unis aux côtés d’EELV, tandis que le PC a pour l’instant déclaré son intention de partir seul. La situation est identique en Rhône-Alpes, où il semble définitivement acquis que le PG et Ensemble ! partiront avec EELV, mais sans le PC. Dans les autres régions, les convergences n’ont pu aboutir.

À défaut d’une victoire d’une liste d’alliance, qui constituerait une surprise, de bons résultats dans l’une ou plusieurs de ces régions apporteront de l’eau au moulin de ceux qui pétrissent l’espoir d’une recomposition des forces progressistes, à la gauche d’un parti socialiste dont la fin de quinquennat prend l’allure d’un chemin de croix. À l’Assemblée comme au Sénat, le groupe EELV se déchire depuis 2012 sur la question du soutien aux politiques gouvernementales. Plusieurs ténors on déjà quitté le mouvement, préférant se rapprocher du PS. De locale, l’alliance rouge et verte deviendra-t-elle nationale ? Le scénario n’a rien d’une évidence. Tout dépendra du résultat de ces listes aux régionales.

@Thomas_Clerget

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