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Santé publique

En Gironde, malgré les risques de cancers, les écoliers restent exposés aux pesticides

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En Gironde, dans le village de Villeneuve, au milieu des vignobles des Côtes de Bourg, 23 élèves et leur institutrice avaient été intoxiqués il y a deux ans par l’épandage de fongicides sur les parcelles attenantes à leur école. Un an plus tard, en août 2015, une étude de l’institut national de veille sanitaire met en évidence un nombre important de cancers pédiatriques dans la commune de Preignac, autre commune girondine, en plein vignobles de Sauternes. En février 2016, l’émission Cash investigation diffuse un documentaire dans lequel on découvre un nombre impressionnant de pesticides classés comme dangereux dans les cheveux d’enfants scolarisés dans quatre établissements particulièrement exposés aux pesticides, tous situés en Gironde [1]....

Ne pas traiter en journée autour des écoles, une solution ?

Les communes et le département ont-ils réagi ?« Les parents s’inquiètent », confie Marie-Lys Bibeyran, du collectif Info Médoc Pesticides. « Depuis deux ans à Villeneuve, rien n’a été fait, même pas une haie pour séparer l’école des vignes » renchérissent des associations locales mobilisées contre l’usage des pesticides [2]. « Ce n’est pas vrai que rien n’a changé, répond la maire de Villeneuve, Catherine Vergès. À chaque fois que le viticulteur doit traiter à proximité de l’école, il envoie un mail, la veille, à la mairie et à l’école. Et il traite toujours avant 8h ou après 18h. Si aucune haie n’a été installée pour séparer l’école des vignes, c’est parce que d’importants travaux de réorganisation de l’espace scolaire doivent avoir lieu bientôt. Il ne sert à rien d’installer une haie que l’on sera obligés d’enlever ensuite. » Dictées par un arrêté préfectoral annuel, qui encadre les pulvérisations à proximité des écoles depuis l’intoxication de mai 2014, les contraintes horaires précisent qu’il faut arrêter de traiter 20 minutes avant que les enfants arrivent, et ne commencer que 20 minutes après qu’ils aient quitté l’école.

« Ce n’est pas parce qu’il y a des horaires soi-disant adaptés que les enfants sont protégés, proteste Marie-Lys Bibeyran. Les produits CMR (cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques, ndlr) ne sont même pas interdits. Dans certaines communes, il arrive encore que les parents d’élèves tombent sur un tracteur en plein traitement au moment où ils emmènent leurs enfants à l’école ! » Que faire alors ? « Sur la commune de Listrac, une convention a été signée en mai 2015, puis en mai 2016, entre le collectif info Médoc pesticides, le viticulteur qui exploite les vignes autour de l’école et l’antenne locale de la fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). Il s’engage à mener les vignes autour de l’école en bio. C’est pour le moment la seule solution qui protège vraiment les enfants », assure Marie-Lys Bibeyran.

Les balades dans les vignes sont-elles déconseillées ?

« La bio est une solution mais ce n’est pas la seule, répond Christophe Château du conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). Nous défendons le système de management environnemental (SME) du vin de Bordeaux qui permet de diminuer la quantité de pesticides utilisés. Pour nous, la rupture se situe entre bonnes et mauvaises pratiques, pas entre bios et conventionnels. » « On ne sait pas encore quelle exploitation est à l’origine de l’intoxication des enfants en mai 2014, reprend Catherine Vergès, maire de Villeneuve. L’instruction en cours permettra de le dire. Mais il y a deux viticulteurs à proximité de l’école, et l’un d’eux est bio. » Suite à l’intoxication des 23 enfants et de leur enseignante à Villeneuve, une association de protection de l’environnement (sepanso) a porté plainte et Générations futures s’est porté partie civile. L’enquête est en cours. Mais les associations de riverains et de lutte contre les pesticides s’insurgent de ce renvoi dos à dos à de la viticulture bio et de la viticulture conventionnelle.

« Nous avons produit un document interne de l’agence régionale de santé qui infirme ces rumeurs », précise Marie-Lys Bibeyran. Celui-ci précise clairement que « des tracteurs ont répandu le jour même (de l’intoxication) des produits fongicides secondairement identifiés (par le centre anti-poison du CHU de Bordeaux) contenant les substances actives suivantes : le mancozèbe, le mefenoxam, la spiroxamine (...). Les effets aigus connus des fongicides identifiés sont concordants avec les symptômes décrits par les enfants et personnels de cette école. » Parmi les mesures d’urgence demandées par le collectif d’associations girondais : l’arrêt du programme Gironde verte.

Encadré par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux et le centre de culture scientifique de Bordeaux Aquitaine, ce programme propose aux enseignants du département et à leurs élèves « une aventure pédagogique » à la découverte de la filière viticole bordelaise. Des balades dans les vignes font partie du programme. « Les enfants ne rentrent pas s’il vient d’y avoir un traitement, évidemment », tente de rassurer Christophe Château, de l’interprofession. Mais selon les associations, cette précaution est insuffisante : quand une surface est traitée, un délai doit être respecté avant d’y pénétrer. Cette durée – en heures ou en jours – est indiquée par les fabricants de produits mais fixée sans véritable évaluation indépendante. Ce qui ne rassure pas les parents.

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