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Débattre Election européenne

Plus de paysans ou davantage de déserts ruraux, pour quelle Europe voterez-vous ?

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2014 est l’année internationale de l’agriculture familiale. C’est aussi celle où la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne a été réformée pour les six prochaines années. Faut-il s’en réjouir ? En 2012, 84 % des aides PAC sont allées à seulement 20 % des exploitations. Avec la réforme, les gros élevages industrialisés et les grandes exploitations de cultures intensives vont continuer de se développer. Gérard Choplin, ancien animateur de l’organisation paysanne ECVC (Coordination Européenne Via campesina), interpelle à ce sujet les candidats au Parlement européen. Sur un air de Stromae.

Bonsoir à toutes et tous,

Dans ce très beau marché fermier de Han (province de Luxembourg, Belgique), savourons d’abord les bonnes nouvelles :

1) La première bonne nouvelle, c’est que nous sommes dans l’année internationale de l’agriculture familiale. Il était temps...

2) La deuxième bonne nouvelle, c’est que la Politique Agricole Commune de l’Union Européenne, qui vient d’être réformée pour les 6 ans à venir est – je cite la Commission Européenne dans son communiqué de juin dernier – « plus équitable, plus verte, plus efficace, plus transparente, et renforce la position des agriculteurs au sein de la chaîne alimentaire. »

Alors, tout va bien ?………… Alors… on danse ?

Non… ? Tout ne va pas bien ?...

La réalité, c’est que l’agriculture familiale disparait.

Moins 63 % ces 30 dernières années en Wallonie, où la surface moyenne des exploitations a été multipliée par deux.

La réalité, c’est que jamais on n’a vu autant de films sur le malaise paysan, sur les impasses du modèle agro-industriel, sur les alternatives. Et ils remplissent les salles, à la campagne comme à la ville. Pourquoi ?

La réalité c’est que la majorité des agriculteurs en Europe ne sont plus très jeunes et n’ont pas de remplaçant(e)s. En Allemagne et aux Pays-Bas, 67 % des agriculteurs de plus de 50 ans n’ont pas de successeur.

Devenir paysan est trop risqué en termes de revenu – sans oublier que le difficile accès à la terre plombe bien des envies.

La réalité, c’est que, à un an de la fin programmée des quotas laitiers, et malgré une remontée des cours du lait, la plupart des producteurs vendent encore à perte. Alors quand il n’y aura plus de quotas, quand il n’y aura plus de marché russe, faudra-t-il produire plus et travailler plus, pour gagner moins ?

L’exemple de la Suisse, qui a abandonné les quotas en 2009, montre que la production laitière familiale est en danger. Des zones entières de production herbagère de lait risquent de disparaître. Et la nouvelle PAC n’empêche pas la création d’usines à lait de 1000 vaches et plus.

Plus de voisins ou plus d’hectares ?

La réalité, c’est que la PAC, ancienne et nouvelle, préfère primer les hectares.

En 2012, 84 % des aides PAC sont allées à seulement 20 % des exploitations. Cette très forte inégalité, que la nouvelle PAC diminue certes un petit peu, est un moteur puissant de concentration de la terre dans des exploitations de plus en plus grandes et accélère la disparition de l’agriculture familiale.

La réalité, c’est que malgré le scandale de la vache folle, de la dioxine, de la viande de cheval, de la résistance aux antibiotiques, et malgré le verdissement, la nouvelle PAC ne va pas freiner le développement de grands élevages industrialisés, dont les externalités négatives sur le plan social et environnemental sont payées par le contribuable.

La réalité, c’est que l’Union Européenne, représentée par la Commission Européenne, sort de la 4e de négociation avec les Etats-Unis pour un accord commercial transatlantique, où l’agriculture familiale ne semble pas être le modèle de référence.

Mais la réalité, c’est aussi que les circuits courts et les marchés fermiers se multiplient, que des jeunes commencent à initier des ceintures maraîchères autour et dans les villes, que la négociation transatlantique mobilise les citoyens, que la résistance de la population européenne contre les OGM continue, que le rapporteur pour le droit à l’alimentation à l’ONU Olivier de Schutter appelle à un changement profond des politiques agricoles et commerciales...

Alors l’année 2014 peut être une opportunité pour mettre en avant les solutions aux défis alimentaire, social, environnemental, climatique et de santé publique auxquels nous devons faire face.

Alors... alors on change ?

Trois questions à nos candidats au Parlement Européen :

- Les paysans sans terre existent aussi en Belgique. Que proposez-vous pour faciliter leur accès à la terre ? La Belgique va-t-elle mettre en œuvre les recommandations FAO de 2012 sur l’accès à la terre ?

- Le port d’Anvers reçoit chaque année des millions de tonnes de soja. La réforme PAC n’a pas imposé de rotation obligatoire des cultures incluant des protéagineux, qui pourraient remplacer ce soja. Que proposez-vous pour réduire la dépendance européenne vis-à-vis du soja ?

- Question subsidiaire pour départager les candidats : au cas où un sous-marin peut-être chinois – viendrait bloquer le trafic maritime dans la Manche, combien d’heures de réserve de soja y a-t-il dans le port d’Anvers pour approvisionner les élevages intensifs ?

- Les paysans africains restent souvent empêchés de produire eux-mêmes à cause d’importations à bas prix de l’UE, comme la télé ZDF vient de le montrer à propos des pattes et ailes de poulet congelées exportées à très bas prix au Libéria. Or cette volaille a été nourrie en Europe avec des céréales dont les producteurs ont bénéficié de subventions PAC. Le dumping continue donc, même avec les aides découplées. Que proposez-vous ?

Je vous remercie de votre attention.

Gérard Choplin

Ce texte a initialement été publié sur le site de l’auteur le 6 avril 2014.

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