Migrants

Calais : les associations refusent de gérer le drame humain

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Dans le Nord, des centaines de migrants, notamment afghans et irakiens, continuent de survivre dans la plus grande précarité. Pour faire bouger les politiques, le collectif citoyen C’Sur, basé à Calais, a mis son ultimatum à exécution. Il a décidé de ne plus leur fournir d’aide humanitaire. Faute d’une collaboration avec la nouvelle municipalité de Calais, le collectif se contente désormais de donner aux migrants « du thé et des fruits le midi ». "C’est à l’Etat de prendre ses responsabilités", disent les associations.

En photo : Visite médicale au port de Dunkerque

Une semaine après la mise en garde à vue, le 7 novembre dernier, de Jean-Claude Lenoir, vice-président de l’association Salam, le collectif C’Sur, qui rassemble à Calais plusieurs associations, un parti politique et des citoyens [1] a lancé un pavé dans la marre en annonçant son intention de cesser toute distribution de vêtements et de nourriture aux migrants de Calais, principalement des pachtounes afghans et des Kurdes irakiens (mais également des Somaliens, des Érythréens, des Iraniens, des asiatiques...).

En cet automne pluvieux, dans cette ville récemment passée aux mains de la droite après 37 années de gestion communiste (Jean-Jacques Barthe et Jacky Hénin), le nombre de migrants peut atteindre jusqu’à 700, comme c’était le cas début novembre. Jugeant que le cirque post-Sangatte avait assez duré, et que « ce n’est pas aux associations de gérer sur le long terme ce drame humain », C’Sur a mis ses menaces en partie à exécution début décembre. Le collectif a arrêté de distribuer des déjeuners et se contente désormais de donner « du thé et des fruits, seulement le midi ». Les cinq douches ont été arrêtées, en attendant une rencontre, une table ronde, une réunion, où les politiques se montreraient, enfin, volontaristes et actifs.

Risques d’épidémies de gale et de tuberculose

Pour beaucoup de Nordistes habitués à ce que des ONG prennent en charge les migrants, cette décision est choquante. Six ans après la fermeture du camp de Sangatte par le ministre de l’intérieur de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy (sa décision avait fait l’unanimité), Jean-Pierre Boutoille, le très médiatique abbé et porte-parole du collectif, explique à Basta ! qu’il s’agit de « pousser un coup de gueule pour réveiller les politiques », lesquels s’en remettent systématiquement aux associations plutôt que de plancher sur des propositions locales, régionales, nationales voire européenne en faveur des migrants.

Conscient que cette décision risque d’« aider la propagation de maladies infectieuses comme la tuberculose ou la gale » et de priver les migrants de nourriture, l’abbé n’en démord pas : « cela fait six ans que le drame humain continue de s’aggraver et on veut provoquer une action politique. Natacha Bouchart (la maire UMP de Calais, ndlr), qui n’a jamais été sur le terrain, refuse tout dialogue avec nous et veut résolument casser le collectif », dénonce-t-il. Avant d’expliquer que le principal bailleur de fonds publics des associations humanitaires, le Conseil Régional du Nord Pas-de-Calais (présidé par Daniel Percheron, PS), a donné son accord de principe à l’installation de plusieurs « bungalows » (un pour la distribution et un pour l’information aux migrants) sur un terrain à proximité du centre-ville de Calais. « Sauf que l’attribution du terrain dépend finalement de l’État », ponctue le prêtre. Dans le contexte du « tout sauf un nouveau Sangatte », difficile de croire que cette initiative aboutira, même si le collectif C’Sur se dit prêt à installer lui-même ces mobile-homes d’urgence.

Deux semaines après l’affaire du « charter de la honte » qui n’a finalement pas fait escale à l’aéroport de Lille-Lesquin, les autorités britanniques ont de leur côté procédé depuis le mois de septembre à pas moins de quatre « vols ethniques » en direction de Kaboul. Environ 1500 migrants errent le long des côtes de la manche entre les plages belges et Cherbourg, dans l’espoir de rejoindre la Grande-Bretagne, où le marché du travail est plus souple, sous les essieux d’un camion (lire notre reportage de juin 2007).

Julien Brygo

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