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Ecologie sociale

Se chauffer et s’éclairer moins cher : comment sortir de la précarité énergétique

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Aujourd’hui en France, onze millions de personnes ont froid dans leur logement pendant l’hiver. Ne pas pouvoir se chauffer faute de moyens, c’est souffrir de précarité énergétique. Le phénomène est devenu massif. Dans les Yvelines, l’association Énergies solidaires aide les ménages à remédier à cette situation. Aux Mureaux et dans les alentours, elle repère les personnes en précarité énergétique, établit des diagnostics à domicile, transmet des gestes simples d’économie d’énergie et d’eau, équipe les logements, et oriente vers des aides diverses. Reportage sur une initiative qui cherche à concilier souci écologique et accompagnement social.

« J’ai monté le chauffage pour vous. Parce que c’était sur 12 degrés, j’avais froid ». Nin, 34 ans, vit seule dans un appartement de 39 m2 aux Mureaux, en région parisienne. Le logement se situe dans un immeuble de cinq étages, en bordure de forêt. À l’extérieur, la façade est défraichie. À l’intérieur, un salon et une chambre séparés par un simple rideau, une cuisine, une salle de bains. À peine entrée, Sakina, jeune « ambassadrice de précarité énergétique », ouvre son ordinateur portable. Et commence rapidement les questions. Une cinquantaine en tout, pour établir le diagnostic énergétique de l’appartement habité par Nin.

La trentenaire est locataire d’un bailleur social des Yvelines. Elle travaille. Mais ses factures de chauffage sont trop élevées pour son budget. Alors, pour économiser, elle chauffe moins. Elle a froid, et passe ses week-ends chez ses parents. Selon la loi du 12 juillet 2010 — dite « Grenelle 2 » — une personne est en situation de précarité énergétique si elle éprouve des difficultés à satisfaire ses besoins énergétiques élémentaires, en raison de ses faibles moyens financiers ou de ses conditions de logement. Près de cinq millions de ménages, soit plus de 11 millions de personnes, se sont plaints d’avoir eu froid dans leur logement en 2013 [1].

Un réseau de « donneurs d’alerte »

Le phénomène est massif. Bien-sûr, il touche en premier lieu les ménages les plus modestes. « Un ménage est en précarité énergétique si son taux d’effort pour payer ses dépenses en énergie est supérieure à 10 % de ses revenus, ou s’il y a une situation d’inconfort ou d’incapacité à chauffer », explique Rachel Dubreuil, conseillère à l’association Énergies solidaires, qui a lancé l’an dernier les diagnostics de précarité énergétique aux Mureaux. Le pari de l’association ? Faire des économies d’énergies à la fois pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre et pour améliorer les conditions de vie des habitants en difficulté [2]. En 2015, Énergies solidaires a établi des diagnostics de précarité énergétique pour 92 ménages.

Pour cela, l’association fait appel à deux ambassadeurs de précarité énergétique, par le biais d’une agence de réinsertion. Ils ont suivi une formation spécifique pour mener les diagnostics. « Nous apprenons beaucoup de choses en matière relationnelle : comment aborder les gens dans le cadre d’un porte-à-porte, comment montrer que nous ne sommes pas intrusif... Et on est aussi évidemment formés aux éco-gestes », précise Sakina.

Pour repérer les ménages en situation de précarité énergétique, les deux ambassadeurs distribuent à travers la ville des réducteurs de débit d’eau à poser sur les robinets. Et interrogent en même temps les personnes concernant leur utilisation du chauffage et leurs dépenses énergétiques. « Nous faisons aussi du repérage grâce à un réseau de donneurs d’alerte, ajoute Rachel Dubrueil. Cela peut être des assistants sociaux, des maisons de quartiers, les bailleurs, des associations, des clubs de sport. Quand ils connaissent un ménage en situation de précarité énergétique, ils nous le signalent et on contacte ces personnes. » Si elles le souhaitent, l’association réalise une visite de deux heures pour le diagnostic, puis une deuxième visite pendant laquelle les ambassadeurs installent du matériel qui permet de réduire les consommations, comme des ampoules, des joints… « Il y a aussi des personnes qui nous contactent directement », poursuit Rachel Dubrueil. C’est le cas de Nin. Face à ses problèmes de chauffage, elle a fait appel à Énergies solidaires de son propre chef.

Chauffage, eau, appareils électriques... les économies à faire sont partout

Son ordinateur sur les genoux, l’ambassadrice énergétique poursuit les questions : Combien d’occupants occupent le logement ? Quand le bâtiment a-t-il été construit ? Des rénovations sont-elles prévues ? « Des travaux sont prévus, répond la locataire. Mais seulement pour les appartements à partir de trois pièces, et sur les parties communes. Donc pas dans le mien ». Puis Sakina sort un premier outil : son thermomètre électrique. Elle le pointe sur le mur extérieur, sur les murs entre les pièces, dans la salle de bains… La température varie entre 18 et 24 degrés, selon les pièces de l’appartement. Vient ensuite la mesure de l’humidité. « Entre 40 et 60 % d’humidité, ça va », explique l’ambassadrice. Avant de demander : « Il y a des peintures écaillées ? »« Dans la salle de bains, dans la cuisine, oui » Dans le salon, une partie des fils électriques sont à nu.

L’ambassadrice mesure la température à l’intérieur du réfrigérateur, le débit d’eau des robinets, celui de la douche, l’électricité consommée par les veilleuses des appareils électriques. Un chargeur branché sans téléphone au bout, par exemple, ça consomme.

Pour examiner les consommations électriques, Sakina demande à voir les factures de Nin. La locataire ne les trouve pas. « Tout passe par Internet maintenant, soupire-t-elle en fouillant dans ses dossiers. Sur le gaz, je crois que j’en suis à 41 euros par mois. » Pour ses factures de gaz, Nin bénéficie du tarif social [3]. « En principe, vous pourriez aussi en bénéficier pour l’électricité », indique Sakina.

L’importance de l’accès aux droits

C’est aussi à cela que servent ces visites dites « socio-thermiques » : renvoyer vers des dispositifs d’accompagnement social pour remédier aux problèmes de précarité énergétique. « Vous pourriez changer de réfrigérateur. Il y a des aides pour ça, conseille par exemple l’ambassadrice. Plus il est ancien, plus il consomme. La caisse d’allocation familiale propose des aides pour acheter un réfrigérateur neuf, soit directement, soit sous forme de prêt. Un appareil qui consomme moins représente plus de 200 kWh d’économies par an. »

Pour finir, Sakina fait le point sur les installations à effectuer lors de sa prochaine visite, afin de faire baisser les consommations d’énergie et d’eau de Niv : des joints pour les fenêtres, des ampoules plus économes, des mitigeurs pour les robinets, un nouvelle pomme de douche pour remplacer celle qui fuit… « C’est la mairie qui finance le matériel installé chez les ménages, précise Rachel Dubreuil. En fin de diagnostic, nous orientons sur les numéros à appeler pour recevoir une aide. En cas d’impayés, nous renvoyons vers le médiateur, vers les services sociaux pour demander des soutiens financiers, vers l’inspecteur d’insalubrité pour les logements dégradés. »

La démarche peut provoquer des conflits avec les bailleurs sociaux. « Surtout si nous faisons trois ou quatre diagnostics sur le bâtiment d’un même bailleur social, qui concluent tous qu’il faut faire des travaux », dit Rachel Dubreuil. À quand des diagnostics de précarité énergétique à destination des bailleurs ?

Rachel Knaebel

Article réalisé dans le cadre d’un dossier sur les alternatives en Île-de-France, en partenariat avec l’association Attac.

Photo : CC Observatoire Régional Energie Climat Air de Provence-Alpes-Côte d’Azur

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