Démantèlement

Qui paiera pour Areva, le « champion » nucléaire français au bord de la faillite ?

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8 milliards d’euros de pertes en quatre ans, une dette qui enfle, des chantiers dont les coûts explosent, à l’instar de celui de l’EPR à Flamanville ou d’une usine de combustible au plutonium aux Etats-Unis, des erreurs stratégiques sur fond de corruption… qui paiera la note du fiasco Areva ? Les salariés du groupe, en France mais aussi en Afrique, seront les premières victimes de la crise. La sûreté des installations nucléaires risque également d’en pâtir. Ainsi que le portefeuille des contribuables pour financer un futur démantèlement. C’est ce que révèle notre « véritable bilan annuel » d’Areva.

À la différence des autres champions français de l’énergie (EDF, Engie et Total) qui accumulent les bénéfices, Areva multiplie les pertes : près de 8 milliards d’euros en quatre ans. Alors qu’un démantèlement de l’entreprise publique s’annonce, pourquoi publier tout de même ce rapport annuel, qui, comme les précédents, a pour objectif d’encourager le débat public sur les conséquences de l’activité d’Areva ?

La restructuration qui frappe Areva – et ses salariés – risque fort de tirer un trait sur le modèle « intégré » unique au monde, mais très récent (2001) qui était celui d’Areva : de l’extraction de l’uranium au traitement des déchets, en passant par la conception des réacteurs. La branche réacteurs (ex Framatome) devrait être reprise en partie par EDF et par d’autres partenaires, chinois ou européens. Les mines (ex Cogema) elles aussi pourraient voir l’entrée de nouveaux actionnaires minoritaires. Le retraitement et la gestion des déchets, un secteur considéré comme stratégique car il donne accès à la matière première atomique, resterait entre les mains d’Areva. L’avenir de l’activité énergies renouvelables, en lourde perte, n’est pas connu.

Régression sur le plan politique, social et environnemental ?

La quasi faillite d’Areva n’a rien d’une surprise. Il est facile d’accuser telle « affaire financière » comme celle d’Uramin ou des facteurs prétendument « conjoncturels » comme la catastrophe de Fukushima, l’explosion des coûts de la « nouvelle génération » de réacteurs, l’EPR français et finlandais, ou la baisse du cours de l’uranium, importé du Niger ou du Kazakhstan. La faillite d’Areva provient d’abord des décisions financières, politiques et industrielles prises par la direction de l’entreprise, dont, rappelons-le, l’État français et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) sont les principaux propriétaires. Et, ensuite, d’un certain aveuglement sur la réalité du monde dans lequel opère l’industrie nucléaire : son acceptabilité sociale, les risques qu’elle fait peser sur son environnement et ses personnels, et ses coûts financiers extrêmes.

De cet aveuglement, ce ne seront pas les principaux responsables qui supporteront les coûts. Ceux qui en feront les frais, ce sont les employés directs et indirects du groupe, en France et ailleurs, comme au Niger, qui paient déjà le prix des contaminations radioactives. Ce seront les contribuables ou les usagers français, appelés à renflouer Areva et éventuellement EDF si celle-ci rachète sa branche réacteurs. Ce seront les riverains des mines et des installations nucléaires en France, si la crise que traverse l’entreprise et avec elle toute la filière nucléaire nationale amène à rogner sur les exigences de sûreté qui s’étaient imposées au fil du temps.

Car le risque est réel que la restructuration d’Areva, au nom de l’impératif et de l’urgence de sauver un « champion national », signifie aussi une régression sur le plan politique, social et environnemental. C’est pourquoi il nous a paru plus nécessaire que jamais de mettre en lumière l’ensemble du bilan d’Areva, au-delà des affaires bien connues comme le désastre de l’EPR ou le scandale du rachat d’Uramin. Pour que les bonnes questions soient posées.

- Pour accéder au « véritable bilan annuel d’Areva » publié par notre Observatoire des multinationales, cliquez sur l’icône :

PDF - 2.9 Mo

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