Mouvement social

Après le printemps arabe, bientôt une grève générale aux États-Unis ?

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Non à l’anéantissement des droits sociaux ! Partie du Wisconsin, la contestation américaine prend de l’ampleur. Les manifestants dénoncent les projets de loi des élus républicains. Ces derniers, sous couvert de déficit budgétaire, tentent d’affaiblir les syndicats du secteur public trop enclins à soutenir le président Obama. Une mobilisation sociale qui s’inspire du printemps arabe.

Ils ont convergé sur Madison, la capitale du Wisconsin (États-unis), le 12 mars dernier. Au moins 70.000 personnes, enseignants, jeunes, employés des services sociaux syndiqués, étudiants, retraités, sont venus manifester devant le Parlement, siège du gouvernement local. Comme sur la Place Tahir au Caire, les liens entre militants de différents mouvements et toutes générations confondues, se sont noués spontanément.

Dans la foule, on murmure que le chef de la police de Madison aurait refusé d’exécuter l’ordre du Gouverneur d’évacuer les occupants. Intervenir dans une manifestation publique pacifique, cela « prête nécessairement à des violences qui pourraient mettre inutilement en danger les agents », aurait-il avancé. Le soutien officiel à cette manifestation est aussi venu des syndicats de policiers, pompiers et ambulanciers. Même si leur statut n’est pas remis en question par le projet de loi extrêmement controversé du gouverneur républicain, Scott Walker, ils veulent rester solidaires face à ce qu’ils qualifient de « véritable attaque en règle contre la "middle class" américaine ».

Un véritable plan d’austérité

Tout est parti de la ratification par le gouverneur, la veille, le 11 mars, d’une loi ressemblant à s’y méprendre aux plans d’austérité européens. Cette loi permet d’opérer des coupes drastiques dans la couverture santé pour les familles à faible revenu, sans avoir à passer par le processus législatif normal. La santé n’est pas le seul secteur touché : les employés du secteur public seront obligés de dépenser davantage pour leur régime de retraite, en prenant en charge des cotisations assurées jusque-là par l’État. Un transfert représentant une diminution moyenne des salaires de 8% environ.

Mais le plan d’austérité ne prévoit pas seulement une baisse des salaires. D’après le gouverneur Scott Walker, les syndicats des fonctionnaires sont responsables de coûts excessifs, à un moment où la rigueur est de mise. Résultat ? Le projet de loi limite les négociations collectives aux salaires, interdisant aux syndicats d’évoquer des questions liées aux congés ou aux pensions-retraite. Derrière ce projet de loi, c’est donc l’essentiel des droits syndicaux qui est réduit à néant.

100 millions de dollars pour les entreprises

Pour Scott Walker, entré en fonction début janvier, il s’agit officiellement de faire face à la crise budgétaire que traverse son État. Il assure que ces dispositions permettront au Wisconsin d’épargner 30 millions de dollars sur un déficit de 137 millions pour 2011, et 300 millions sur les deux ans à venir. Étrangement, Walker n’évoque pas le cadeau fiscal de 100 millions de dollars (70 millions d’euros) accordé par les républicains aux grandes entreprises, au motif de relancer l’emploi.

La dette de l’État justifie-t-elle le recours à ces mesures extrêmes ? Ces dernières pourraient aussi être la conséquence de la nouvelle donne politique, et du raz-de-marée républicain de novembre 2010. Si les républicains ont remporté la Chambre des représentants au niveau national, ils ont également obtenu 29 postes de gouverneurs et décroché des majorités dans 26 législatures étatiques. Au total, les instances élues – le gouverneur et les deux Chambres de la législature – de 21 États sont entièrement dominées par les républicains.

Affaiblir des syndicats trop proches des démocrates ?

Dès lors, l’offensive contre les syndicats du public pourrait bien dépasser la seule dimension fiscale. Les syndicats constituent un fervent soutien au Parti démocrate lors des élections. Ils auraient dépensé environ 200 millions de dollars au cours de la campagne électorale de 2010. Si le taux de syndicalisation moyen est assez faible – 11,9% tous secteurs confondus [1] –, le taux de syndicalisation dans le secteur public reste élevé, avoisinant les 36%. Pour les républicains, les syndicats du secteur public continuent de représenter une menace. Plus encore, ils demeurent emblématiques d’une bataille idéologique. Quoi de mieux dès lors qu’un plan d’austérité pour tailler très sévèrement dans les droits sociaux des salariés de l’État ?

À Madison, on n’avait pas vu une telle fronde depuis des décennies. Une fronde d’autant plus visible et marquante qu’elle a lieu au cœur d’un État industriel longtemps surnommé « le laboratoire de la démocratie ». Le Wisconsin a été à l’origine de nombreuses réformes sociales : premier État à introduire l’indemnisation des travailleurs en 1911, il a aussi mis en place l’assurance-chômage en 1932 et la négociation des salariés du public en 1959. À l’Université du Wisconsin, les professeurs ont également contribué à l’élaboration d’un système de sécurité sociale. Aux sources de ce mouvement de réformes progressiste, des démocrates travaillant de pair avec des républicains. La charge actuelle menée par Walker va à l’encontre de la tradition de transparence et d’ouverture gouvernementale du Wisconsin, provoquant une division partisane extrêmement forte.

Vers la grève générale ?

La riposte populaire a été immédiate, soutenue par 14 sénateurs démocrates. Ces derniers, pour empêcher que les réformes soient imposées au Sénat, ont quitté le Wisconsin afin de bloquer le vote par défaut de quorum. Les dirigeants syndicaux américains promettent d’utiliser l’affront de Scott Walker pour lancer une intense contre-attaque. Après la mobilisation du 12 mars qui a rassemblé des dizaines de milliers de manifestants devant le Parlement du Wisconsin, le mouvement de contestation se répand dans les États de l’Ohio, de l’Illinois, de l’Iowa, de l’Indiana, et jusqu’au Tennessee. Là-bas aussi, le nouveau régime instauré par les républicains depuis janvier dernier se traduit par des attaques contre les services sociaux et contre les droits syndicaux des travailleurs du secteur public. Jusque-là, l’administration Obama n’a pas voulu s’impliquer dans le débat, mais ce dernier pourrait avoir d’intenses retentissements lors de la campagne présidentielle en 2012.

Dans le Wisconsin, pour s’opposer au projet de loi de Walker, on évoque déjà la possibilité d’une grève générale, pourtant interdite aux États-Unis. Les prémices d’un renouveau syndical et militant aux États-Unis ? À l’image des révoltes arabes, il se dit qu’après la rébellion partie de Madison, les choses ne pourront plus jamais être les mêmes.

Sophie Chapelle

Photos : DR

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