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Espagne

Après l’abdication de Juan Carlos, les « socialistes » soutiennent la monarchie

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À peine l’information de l’abdication de Juan Carlos 1er est-elle confirmée hier matin que des appels à manifester sont lancées dans toute l’Espagne au cri de referendum ya, viva la tercera república ! (« référendum maintenant, vive la troisième république »). À Madrid des milliers de personnes se sont rassemblées à 20h sur la place de la Puerta del Sol, réclamant un référendum pour que le peuple espagnol puisse décider par voie de suffrage universel – et non par voie constitutionnelle – si la monarchie doit, ou non, se poursuivre. « Nous réclamons un référendum parce nous voulons sentir que nous comptons pour quelque chose ici ! Qu’on nous enlève cette monarchie désignée par un dictateur ! », s’enflamme Nerea, une étudiante de 22 ans. « Nous aspirons à une refonte de la Constitution. Pour nous, les jeunes, l’avenir est plus que sombre ici. Nous n’aurions pas besoin de manifester si on nous écoutait », ajoute María.

La dictature franquiste avait mis fin à la courte seconde République suite à la guerre civile espagnole (1936-1939). Si Franco détenait les pleins pouvoirs, la monarchie avait été maintenue et Juan Carlos désigné successeur du Caudillo à sa mort en 1975. La Constitution de 1978 a transformé l’Espagne en monarchie parlementaire, le roi jouant un rôle de contrôle des institutions et de représentation. La famille royale disposait en 2013 d’un budget de 8 millions d’euros, un luxe qui passe mal dans une Espagne frappée par les plans d’austérité, et dont le système politique est en crise.

Divorce entre républicains et sociaux-démocrates

Encore dans les turbulences post élections européennes, qui a vu l’émergence de nouveaux partis de gauche (lire ici), les partisans de la République ont donné libre cours ce 2 juin à une revendication historique. « Pour ceux qui, comme moi, ont vécu sous la dictature, la manifestation d’aujourd’hui est un soulagement. Pour la première fois [depuis la victoire des troupes franquistes en 1939], nous voyons une grande possibilité de parvenir à une république », explique, ému, Juan, un professeur retraité de 70 ans.

Problème : le Parti socialiste espagnol (PSOE), auquel nombre de « vieux » républicains sont longtemps restés fidèles, vient de multiplier les déclarations soutenant clairement le maintien de la monarchie. « Le PSOE va pactiser avec le PP [droite] pour fourguer in extremis une loi organique dont le but sera de maintenir le système actuel », râle Juan. Le divorce avec les sociaux-démocrates semble consommé. Et les nouveaux partis de gauche s’engouffrent dans la brèche : « La direction du PSOE a annoncé qu’elle soutient la succession royale. Affiliés socialistes, comptez sur nous pour porter la voix républicaine », écrivait lundi matin sur son compte Twitter, le jeune député d’Izquierda Unida (Gauche unie) Alberto Garzón, qui présente tout aussi opportunément son dernier ouvrage intitulé La Troisième République.

Côté institutionnel, la communauté autonome de Catalogne s’est également déclarée opposée à la monarchie et en faveur d’une réforme constitutionnelle. Dans son brûlot « prémonitoire », intitulé La Grande Amnésie. Ce que Adolfo Surarez [ancien dirigeant franquiste, devenu centriste et qui mena la transition démocratique] a oublié et ce dont le roi ne veut pas se rappeler, la célèbre journaliste politique Pilar Urbano a récemment lancé un pavé dans la marre en remettant en question l’honnêteté du processus de transition démocratique et la responsabilité du Roi.

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