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Débattre Logement

Airbnb : la mairie de Paris essaye de reprendre la main sur les locations touristiques « sauvages »

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Airbnb, la start-up de locations touristiques, est devenue une tentaculaire multinationale. Et les locations de « meublés touristiques » par des particuliers se multiplient, avec de nombreuses dérives, notamment la professionnalisation des loueurs et la transformation de la destination des logements. Les grandes métropoles cherchent la parade, pour éviter d’accentuer la pénurie de logements pour les résidents permanents. La ville de Paris vient de mettre en ligne une liste des propriétaires autorisés à louer leur logement pour de courtes durées. Cet outil qui vise à traquer les fraudeurs suffira-t-il à lutter contre les abus ? Point de vue.

L’hyper implantation d’Airbnb dans les quartiers touristiques de Paris s’accompagne d’une batterie d’effets néfastes désormais bien connus : centre-ville vidé de ses habitants, hausse du prix des loyers, nuisances sonores, mort du petit commerce… Aussi, la Mairie de Paris a strictement encadré la location par les particuliers. On constate néanmoins un phénomène de fraude massive, tant la location de courte durée est rentable. Ces violations de la loi sont largement couvertes par la plateforme, qui aurait beaucoup à perdre si son activité était parfaitement légale. Si la chasse au fraudeur est délicate, la Mairie est passée à l’ère du digital avec le « data mining », qui promet de faciliter les recherches.

La plateforme Airbnb, qui compte 60 millions d’utilisateurs d’après ses derniers chiffres, n’en finit pas de faire la « une ». Et pour cause. Elle a révolutionné le tourisme sur Internet en devenant une des plus importantes plateformes de location saisonnière entre particuliers. Airbnb regroupe près d’un demi-million d’annonces dans 192 pays, dont 70 000 en France et 41 500 rien qu’à Paris. Entre juillet 2015 et janvier 2016, le nombre total d’hébergements proposés par le site a encore augmenté de 16 % dans l’hexagone.

A Paris, un tiers des revenus captés par 4 % des loueurs

La nature de l’offre a elle-même évolué. On est loin de la petite plateforme « de dépanne », sur laquelle on loue sa chambre vide pour arrondir les fins de mois. En France, le nombre d’appartements et de maisons proposés intégralement à la location, en l’absence de leur hôte, représente 84 % des annonces. Cette activité s’avère bien plus rentable que le partage de logement, à la fois pour les propriétaires et pour la plateforme elle-même. Ainsi, 93 % du chiffre d’affaires total du site sur Paris sont faits sur des locations entières, et non pas sur la location d’une chambre. Si la startup n’est pas encore cotée en Bourse, elle vient juste d’entrer dans le club très fermé des pépites du web qui pèsent plus de dix milliards de dollars.

Derrière ce succès se cache, on commence à le comprendre, une vérité peu avouable : la professionnalisation rampante d’Airbnb. On estime ainsi que 4 % des hôtes présents sur la plateforme à Paris louent plusieurs appartements, proposant 20 % des annonces et générant, à eux seuls, un tiers des revenus du site pour la ville de Paris. Seul hic, ce marché est largement basé sur la fraude. Nombre de loueurs Airbnb dépassent allègrement le plafond de quatre mois de location par an fixé par la loi. La Mairie de Paris peine à faire appliquer ses restrictions.

La dernière entente avec Airbnb a mené à un accord tout à fait symbolique, qui n’est en rien susceptible d’enrayer la tendance : tous les loueurs de Paris susceptibles de dépasser les quatre mois de location par an vont recevoir un e-mail leur rappelant la réglementation parisienne. Pas très convaincant. D’autant que le jeu en vaut la chandelle : en février, l’étude Inside Airbnb établissait que ces 1523 multi-propriétaires d’appartements ont généré, sur un an, plus de 151 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit une moyenne de 100 000 euros par hôte.

Sous-locations sauvages et « hôtels virtuels »

En plus des hôtes réguliers, il existe également des sous-loueurs sauvages, qui mettent leur domicile en location à l’insu – et parfois contre le gré – du propriétaire. La loi du 6 juillet 1989 interdit pourtant toute activité de sous-location, à moins d’obtenir une autorisation expresse du bailleur. Le « projet de loi pour une République numérique » en cours d’examen au Parlement pourrait encore durcir les contrôles et les sanctions contre les contrevenants : un amendement voté à l’Assemblée prévoit d’obliger les locataires utilisant des plateformes en ligne type Airbnb à fournir une autorisation écrite. Sous peine d’écoper de 80 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement maximum.

Mais la difficulté est d’identifier les fraudes. De fait, la plateforme freine les contrôles des quatre fers. Airbnb n’a rien à gagner à ce que ces locations illégales cessent. On estime en effet que près de 30 % des offres émanent de multi-propriétaires – c’est-à-dire des utilisateurs qui mettent au minimum trois biens en ligne, souvent bien au-delà de la limite légale de 120 jours par an. « Près de 20 000 logements ont été convertis en meublés touristiques, chassant les habitants du cœur de la capitale », déplore Ian Brossat, adjoint PCF au logement de la maire de Paris Anne Hidalgo.

Le phénomène a pris une telle ampleur qu’Airbnb est devenu un acteur incontournable du tourisme. A tel point que l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), dénonce « la concurrence déloyale d’hôtels virtuels avec parfois une conciergerie, un service de ménage mais sans avoir à respecter des normes de sécurité, d’hygiène et de fiscalité imposées à l’hôtellerie classique ».

Les métropoles engagent la bataille des données

Le groupement national des indépendants de l’Hôtellerie révélait par ailleurs que 80 % des propriétaires ne déclarent rien aux impôts. Et le problème n’est pas propre à la capitale française : Airbnb vient d’admettre qu’il avait supprimé 1 500 offres illégales sur son site de New York, avant de communiquer aux autorités américaines qui le lui demandaient, des précisions sur ses locations soupçonnées pour certaines de ne pas être en règle. Aux États-Unis, le site est tenu par la loi de déclarer systématiquement les revenus tirés de la location au fisc afin de faciliter le suivi. Rien de semblable n’est prévu en France pour l’instant. Cela laisse une charge herculéenne à la vingtaine d’inspecteurs chargés de débusquer les fraudes.

La Mairie de Paris vient cependant de nommer un nouvel administrateur général, Jean-Philippe Clément. Il dirigera l’exploitation de données du site – ou data mining – afin de dénicher les locataires peu scrupuleux. « Pour que les contrôles soient plus efficaces, nous cherchons à mettre en place un service big data qui soit capable d’identifier précisément quels logements sont les plus susceptibles d’être touchés, et donc à contrôler en priorité. Cela serait possible grâce au recoupement d’informations glanées sur les annonces en ligne mais aussi lors des contrôlés réalisés par le passé, avec des données sur les types d’appartement les plus concernés, quels quartiers sont les plus sensibles, sur le profil des propriétaires qui pratiquent ce type de location. »

Un travail titanesque, qui devrait toutefois faciliter les recherches effectuées par la Mairie. En se lançant dans le contrôle numérique, la Marie de Paris rejoint ainsi le mouvement de ras-le-bol général à l’encontre d’Airbnb, comme d’autres grandes villes d’Europe et des États-Unis, telles que New York, San Francisco, Berlin, Barcelone ou Madrid.

Stéphane Revon [1]

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