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A Lesbos, pécheurs, légistes et ONG redonnent un nom aux migrants morts en mer

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En 2014, plus de 5.000 migrants sont entrés en Europe via Lesbos. Dans le cimetière de l’île, les tombes anonymes s’accumulent au rythme des naufrages. Reza l’Afghan a pu retrouver la dépouille de son frère, grâce au travail des habitants.

Île de Lesbos, en Grèce une nuit de l’hiver 2012. Bien que le temps soit encore doux, les bateaux sont au port : la mer est démontée. Au cœur de la tempête, l’île dort encore quand les premières informations parviennent au petit port de Thermis. Un bateau a sombré au large, les garde-côtes ont déjà ratissé la zone, mais ils ont besoin de renforts.
La suite, on me l’a déjà racontée depuis que je suis arrivée à Mytilène, la grande ville de l’île, à quelques kilomètres au sud du port. J’ai bien vu des photos dans les journaux de l’époque. Mais c’est comme quand on parle de 300 morts à Lampedusa, l’île italienne, et de tous les naufrages qui s’accumulent au fil des années, on essaie d’imaginer mais on ne comprend pas vraiment. Or, quand Christos raconte, j’ai la chair de poule :
« On a retrouvé leurs corps partout ici. Dix sur la plage, les uns à côté des autres, un au milieu de la mer, déchaînée, un autre au milieu des rochers. Il était couvert d’algues et n’avait plus que ses chaussures. »

L’image est extrêmement dure. Elle reste collée dans ma rétine. Et je les vois, les 300 morts.

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