Un média indépendant en accès libre, sans publicité, animé par sept journalistes, a besoin du soutien de ses lectrices et lecteurs. Faites un don à Basta ! En passant par J’aime l’info, un don de 50 euros ne vous coûte que 17 euros.

Avancement de la campagne : 32824 € sur 100000 € !

32.82%

Recyclage

Quand les mégots deviennent une nouvelle matière première

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

La capitale a déclaré la guerre aux mégots, et communique allègrement sur ces 350 tonnes de déchets générés par les fumeurs, qu’il faut ramasser chaque année. Les résidus de cigarettes, quand ils ne finissent pas dans les stations d’épuration, partent à l’incinérateur. Une alternative existe pourtant : ils peuvent être collectés pour être recyclés et valorisés. Problème : aucune usine de transformation des filtres en plastique n’existe encore en France.

Le mégot n’est pas gros mais pollue beaucoup. Jusqu’à 15 ans et 500 litres d’eau sont nécessaires pour faire disparaître dans la nature ces 200 milligrammes de résidus. Le petit bout de cibiche que le fumeur jette avec insouciance, multiplié par des millions d’ultimes bouffées, aboutit à travers le monde chaque année, à 2,3 millions de tonnes d’un mélange de papier, de tabac, de nicotine, de phénols, de métaux lourds et de filtres. Cette pollution devient la bête noire des grandes villes, comme à Paris, dont la mairie assure ramasser 350 tonnes de mégots par an sur la voirie.

Collectés dans les égouts ou ramassés dans les caniveaux, les mégots jetés en villes finissent généralement dans une dernière incandescence, brûlés dans un incinérateur. Il est pourtant possible de recycler leurs filtres, car ils sont formés d’un composé fibreux : l’acétate de cellulose. Une fois les mégots broyés, les éléments se séparent. Le tabac, les cendres – et leurs composés chimiques – et le papier partent au compostage. Les fibres du filtre, un peu comme du coton, sont récupérées et fondues en billes, avant d’entrer dans la composition de plaques de plastiques revendues pour le bâtiment.

Recyclage de mégots : une filière pas encore locale

Pour le moment, seule une usine, située en Lozère, procède au compactage et au stockage de ces déchets de fumeurs. Elle appartient à TerraCycle, une entreprise transnationale de recyclage et de compostage, fondée aux États-Unis en 2001. La cellulose des filtres est ensuite expédiée vers l’unique usine d’Europe qui les transforme, au Royaume-Uni. Une filière pas très locale : plus d’un millier de kilomètres séparent les deux sites. Mais l’idée fait son chemin. Des entreprises partenaires organisent la collecte des mégots. Eco Action Plus, basée à Brest, propose ainsi un programme "Recy-clope". C’est vers les entreprises tertiaires qu’est menée leur action, afin d’obtenir une masse critique de mégots. Avec l’espoir d’ouvrir une usine de transformation en France sous 5 ans.

TerraCycle vise à la valorisation de tout ce qui n’est pas recyclé habituellement (capsules de machine à expresso, emballage transparent des paquets de cigarettes, plastique des stylos à bille...). Le mégot est devenu l’une de ses matières premières. « Notre souhait est de disparaître, explique Julien Tremblin, responsable marketing de TerraCycle en France, cela voudrait dire qu’il n’y a plus de déchets non recyclables qui polluent tout autour de nous ».

140 millions de mégots par an à Paris

Avec 350 tonnes – environ 145 millions – de mégots ramassés par les services de nettoyage de la ville de Paris, sans compter ceux qui se retrouvent dans l’eau des égouts mêlés à l’ensemble des déchets, et ceux que tout un chacun jette dans sa poubelle ordinaire, le recyclage des filtres de cigarettes a de l’avenir. Dès l’automne, le neuvième arrondissement de Paris va reprendre sa croisade anti-mégots, non seulement auprès des usagers, avec une potentielle amende de 68 euros, mais par une multiplication des cendriers collecteurs. Quelques cafés en sont déjà équipés. D’autres commerçants vont être sollicités pour héberger des boîtes de carton destinées au recueil de ces quelques grammes de concentré de pollution.

Peut-être se souviendra-t-on d’une ancienne proposition de loi de février 2013 déposée par des sénateurs écologistes ? Il s’agissait de taxer les cigarettiers à hauteur d’un centime par paquet, ce qui rapporterait 26,5 millions d’euros par an à l’État… de quoi financer le recyclage des mégots. Ou même la ligne téléphonique de soutien pour les fumeurs désirant arrêter, comblant le désir affiché en slogan de Terracycle « d’éliminer la notion de déchet ».

Claire Merrien

Photo : CC Maxime Marais

En bref

Vidéos

  • Artisanat « Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre »

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos